Pensions alimentaires: Le parcours du combattant des mères isolées

William Molinié

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Illustration pension alimentaire.
Illustration pension alimentaire. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Agée de 36 ans, Sandrine s’est séparée il y a dix ans de son ancien compagnon et père de trois de ses enfants. Depuis une décennie, elle «joue» au chat et à la souris pour récupérer l’argent qu’il lui doit. En tout, 24.000 euros. Elle en est à sa 8e plainte au pénal pour «abandon» et à la 3e au civil pour «non notification de changement de domicile». «En 2013, il a déménagé à six reprises. A chaque fois, je l’ai retrouvé mais il a fallu tout recommencer», témoigne-t-elle.

Malgré ses nombreuses relances auprès du procureur de la République, aucun procès n’a encore eu lieu. «On m’en a promis un pour ce trimestre», ajoute cette mère au chômage, habitante du Finistère. «Ça devient aberrant. A force, j’ai appris toutes les ficelles de détective. J’ai accès à ses photos, je vois bien comment il vit. Je suis en colère pour mes enfants car j’ai tout mis en place pour qu’il s’occupe correctement d’eux. Lui, il fuit», poursuit-elle. Selon elle, sa situation s’améliorerait si seulement les autorités pouvaient retrouver le père de ses enfants et l’obliger à payer.

Pas de saisie sur salaire

Comme elle, de nombreuses mères de familles isolées ne perçoivent pas de leur ancien conjoint la pension alimentaire. Pour tenter d’améliorer leurs conditions, le gouvernement propose de créer une garantie contre les impayés. Le texte est en débat à l’Assemblée nationale ce lundi après avoir déjà été adopté au sénat.

Magali, militaire dans les Bouches-du-Rhône, peine à forcer son ex à payer la pension alimentaire qu’il lui doit chaque mois. Séparée depuis 2006 de son ancien mari, ce dernier, policier, a durant les premières années, honoré son dû. Mais depuis novembre 2012, il a cessé de payer, après s’être «mis en disponibilité» de son poste dans la police. Résultat, la justice ne peut plus saisir son salaire, contrairement à ce qu’elle avait fait après les premières démarches de Magali. Impossible donc pour elle de récupérer l’argent. Il lui doit aujourd’hui 4.408 euros.

Elle «pioche» dans ses réserves d’argent

«J’ai déposé trois fois des plaintes. J’ai attendu un an entier avant d’avoir eu une réponse», regrette-t-elle. Pour pouvoir continuer de payer des études à ses enfants, elle a envisagé de vendre la maison. Mais son ex s’y est opposé. «Les plaintes n’aboutissent pas. Le problème est que l’abandon de famille est un délit pénal. Mais les auteurs de ces faits ne sont presque jamais poursuivis», insiste-t-elle. Du coup, elle «pioche» depuis un an dans ses réserves d’argent.

«Je regrette qu’il ne s’en préoccupe pas. Il ne faut pas croire que les femmes qui reçoivent une pension alimentaire s’en servent pour se payer des Louboutins. Pas toutes. En tout cas, pas moi», conclut-elle.

Echec de la médiation

Une autre, Céline, 39 ans, exprime «la violence» qu'elle a ressentie au cours d'une médiation pénale ouverte entre elle et le père de son enfant. «Le gouvernement veut renforcer la médiation entre les parents. Il ne faudrait pas qu'elle soit forcée et systématique», explique-t-elle. «Je l'ai mal vécue. Deux heures par semaine où l'on vous force à comprendre la douleur de ce père qui voudrait bien payer la pension alimentaire de sa fille mais qui ne peut pas, même pour un euro symbolique», témoigne-t-elle, encore amère.

Finalement, la médiation a échoué. Devant le juge, son ex a été contraint de payer. «Depuis, il le fait. En espérant que ça continue», ajoute-t-elle. Mais elle précise: «La médiation peut fonctionner mais aussi être une épreuve douloureuse. Il faut qu'elle reste sur la base du volontariat.»