Manif anti-IVG: «Ce qui s’est passé en Espagne, nous donne de l’espoir»

Delphine Bancaud

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La «Marche pour la vie» des opposants à l'avortement, le 19 janvier à Paris.
La «Marche pour la vie» des opposants à l'avortement, le 19 janvier à Paris. — V. WARTNER / 20 MINUTES

«Le premier droit de l’homme, c’est le droit à la vie». C’est sous cette bannière qu’a démarré à 15 heures ce dimanche, la neuvième «Marche pour la vie» qui a réunit plusieurs milliers de personnes place Denfert-Rochereau (dans le 14e arrondissement de Paris) -16.000, selon la police, 40.000 selon les organisateurs. Des opposants à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) remontés à bloc en raison d’un amendement du projet de loi sur l’égalité hommes-femmes qui sera débattu à l’Assemblée lundi.

Ce texte prévoit de supprimer la référence à la «situation de détresse» de la femme, pour justifier le recours à l’IVG. «Cela reviendrait à banaliser totalement l’avortement. Or, ce n’est pas comme se faire arracher une dent. La femme souffre. Quant à l’enfant, quel que soit le moment où il s’annonce et les conditions dans lesquelles il a été conçu, il a le droit à la vie», soutient Cécile Edel, porte-parole du collectif.

«Le gouvernement veut nous bâillonner»

Même son de cloche, chez Céline, qui est venue battre le pavé avec ses quatre enfants: «Si cet amendement passe, les femmes n’auront plus à se justifier quand elles souhaiteront avorter. Leur liberté individuelle aura plus de poids que la vie d’un enfant».

Un autre amendement qui vise à étendre le délit d’entrave à l’IVG suscite aussi la colère des manifestants: «Le gouvernement veut nous bâillonner et souhaite que les femmes en difficulté soient systématiquement dirigées vers l’avortement alors qu’il existe d’autres solutions. Des associations peuvent les aider psychologiquement et financièrement à élever leur enfant», affirme Marie-Pierre.

Dans la foule, quelques prêtres en soutane, des familles et de nombreux jeunes chantonnent «Life is life» en tenant des pancartes aux slogans chocs: «Parce qu’il le vaut bien», «Je suis un embryon et je voudrais bien vivre» ou encore «Syndrome post-avortement, parlons en». «Les femmes qui avortent en gardent des séquelles toute leur vie », croit ainsi savoir Aude, 17 ans, qui affirme avoir participé «à presque toutes les marche pour la vie» . «Je suis sage femme et j’ai rencontré beaucoup de femmes traumatisées par leur IVG», témoigne de son côté Marie-Pierre.

«Viva Espana»

Un peu plus loin dans le cortège, un couple de manifestants souffle qu’ils ne sont pas «intégristes», ni «Front national», mais qu’ils sont présents «pour une question de morale religieuse». A côté d’eux, Anne, la soixantaine affiche fièrement sa pancarte «Faudra-t-il vivre en Espagne pour le garder?» Car les manifestants semblent galvanisés par l’exemple espagnol, le gouvernement ibérique s’étant prononcé en faveur d’un projet de loi limitant radicalement le droit à l'avortement.

«Viva Espana» crient plusieurs d’entre eux, arborant un foulard rouge, des drapeaux espagnols ou des ballons jaunes et rouges, aux couleurs du pays. «Ce qui s’est passé là-bas nous donne de l’espoir pour la France. C’est un pas vers la restriction du droit à l’IVG», déclare Clotilde, 17 ans.

«Grâce à l’exemple de l’Espagne et à la mobilisation qui s’est formée contre le mariage pour tous, je pense que les consciences sont en train de se réveiller face aux dérives humaines», soutient aussi Céline. «L’exemple espagnol nous montre que l’on peut revenir sur un droit. En France, on ira étape par étape, mais ce n’est pas impossible», lance Cécile Edel, avant de remonter sur son char en direction des Invalides aux cris de «Oui à la vie».