Téléphone d’alerte: «Les femmes se disent qu’elles sont prises en compte en tant que victimes»

INTERVIEW Le procureur Patrick Poirret est un des initiateurs du dispositif en France...

Propos recueillis par Enora Ollivier

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Illustration sur la violence conjugale.
Illustration sur la violence conjugale. — MARTTILA/LEHTIKUVA OY/SIPA

Aujourd’hui procureur général près la cour d’appel de Nancy, Patrick Poirret a mis en place, en Seine-Saint-Denis puis dans le Bas-Rhin, le dispositif du téléphone d’alerte. Auteur d’un ouvrage sur le sujet, Le téléphone de grand danger, aux éditions L’Harmattan, il explique le principe du dispositif.

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Comment est née l’idée du téléphone d’alerte?

Arrivé en 2004 en tant que procureur adjoint à Bobigny, j’ai eu la chance de trouver en Seine-Saint-Denis ce qui était à l’époque le seul Observatoire de la violence faite aux femmes. Nous avons réalisé une étude sur les 24 féminicides qui ont eu lieu dans le département entre 2005 et 2008, et avons fait le constat que certaines victimes auraient pu être sauvées. Après deux ans de travail et de rencontres, notamment en Espagne où un dispositif équivalent existe, le projet a pu voir le jour. Le premier téléphone a été remis en décembre 2009.

L’appareil s’adresse à des femmes dites «en très grand danger». Comment les bénéficiaires sont-elles sélectionnées?

La remise du téléphone est soumise à trois conditions. D’abord, la femme doit avoir déposé une plainte. Le conjoint ou ancien conjoint doit faire l’objet d’une interdiction judiciaire d’entrer en contact avec elle puisque c’est la violation de cette interdiction qui pourra justifier son arrestation. Enfin, le couple ne doit pas cohabiter. L’appareil est toujours remis par un magistrat, pour une durée de six mois renouvelables une fois. C’est important symboliquement, pour créer un sentiment de proximité avec la justice.

Vous avez expérimenté le téléphone en Seine-Saint-Denis, puis dans le Bas-Rhin. Quel retour avez-vous eu des femmes que vous avez suivies?

Ce dispositif, ce n’est pas que la remise d’un téléphone. C’est une démarche globale, avec un accompagnement de la victime par une ou plusieurs associations, dans des domaines aussi variés que le logement ou l’aide à l’enfance. De ce que j’ai pu constater, les femmes se disent «je suis prise en compte en tant que victime» mais aussi «je suis accompagnée», «je suis sécurisée, je peux penser à autre chose».