Le tabou d'un viol en prison aux assises à Créteil

JUSTICE Le procès d'un détenu accusé d'avoir violé son voisin de cellule à la prison de Fresnes s'ouvre lundi...

avec AFP

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Un surveillant pénitentiaire ferme une porte à la prison d' Alençon-Condé-sur-Sarthe le 30 avril 2013.
Un surveillant pénitentiaire ferme une porte à la prison d' Alençon-Condé-sur-Sarthe le 30 avril 2013. — AFP PHOTO CHARLY TRIBALLEAU

La cour d'assises du Val-de-Marne va se pencher à partir de mardi sur le lourd tabou des agressions sexuelles en détention, avec le procès, devant une juridiction criminelle, d'un détenu accusé d'avoir violé son voisin de cellule à la prison de Fresnes.

L'administration pénitentiaire avait été alertée par les pleurs de la victime dans une des cours de promenade de la prison de Fresnes. Cet homme chinois, ne parlant pas français, avait expliqué avoir été violé par son co-détenu en cellule, dans la soirée du 29 décembre 2011, avant d'être menacé de représailles s'il parlait.

«Mon client ne reconnait pas les faits de viol», dit l'avocat de l'accusé, Me Nicolas Podolak. En détention provisoire, son client, qui était incarcéré dans une affaire de meurtre toujours à l'instruction, a été transféré dans un autre établissement de la région parisienne.

Univers de la frustration

«On l'a mis avec un assassin», dénonce de son côté l'avocate de la partie civile, Me Solenn Le Tutour. «Il est sorti, il y a un an et demi de prison. J'espère qu'il sera là car il fait l'objet d'une mesure de reconduite à la frontière.... C'est un dossier horrible».

Univers de la frustration, génératrice de rapports de force, la détention offre un terreau aux violences sexuelles. Objet de nombreux clichés véhiculés par le cinéma et la littérature, elles n'apparaissent comme telles dans aucune statistique publique de l'administration pénitentaire et sont noyées dans l'entrée «agressions entre co-détenus» dans les rapports d'activités.

«Personne ne peut donner un chiffre mais bien sûr que ça existe», avance Vincent Le Dimeet, délégué syndical FO à la maison d'arrêt de Fresnes.

Perte de crédibilité

Pour autant, le viol en prison est-il aussi répandu que ne le colporte la vulgate sur la détention? Rien n'est moins sûr. «Je pense que ça existe peu», nuance ainsi le syndicaliste. «Les viols en prison ne sont pas des actes qui sont commis toutes les cinq minutes», abonde François Bès de l'Observatoire internationale des prisons (OIP).

«Ces dernières années, l'administration pénitentiaire a des consignes pour faire remonter au parquet toutes les affaires d'agressions sexuelles ou de violences», poursuit M. Bès.

«Il existe cependant pas mal d'affaires qui ne sont pas portées à la connaissance de l'administration pénitentiaire. Dire le viol est difficile en prison... mais c'est aussi le cas au dehors», ajoute-t-il.

Taire les agressions

Deux dimensions se font jour chez les détenus victimes de viol pour taire l'agression dont ils ont été victimes: celle d'apparaître comme une victime et celle d'être une «balance».

«La virilité et l'hétérosexualité sont des ressorts importants des relations entre hommes détenus. Admettre avoir été violé équivaut à une perte de crédibilité dans un monde où il ne reste plus que ça», observe Gwenola Ricordeau, sociologue dont l'un des thèmes de recherche est la sexualité en prison.

«Il y a très peu de procès pour des viols entre détenus et encore moins aux assises... Les victimes ne dénoncent pas par peur des représailles... Vous êtes avec votre bourreau en permanence», note un avocat pénaliste.