Violences conjugales: Le téléphone d’alerte, un dispositif qui a fait ses preuves bientôt généralisé en France

SOCIETE Le projet de loi pour l’égalité femmes/hommes examiné ce lundi à l’Assemblée prévoit de nationaliser l’appareil, expérimenté dans 14 départements...

Enora Ollivier

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Chaque année en France, 201.000 femmes subissent les violences, physiques ou sexuelles, de leur compagnon. En 2012, 148 en sont mortes. Photo d'illustration.
Chaque année en France, 201.000 femmes subissent les violences, physiques ou sexuelles, de leur compagnon. En 2012, 148 en sont mortes. Photo d'illustration. — A. GELEBART/20 MINUTES

Sonia* a vu sa vie basculer il y a deux ans. «Ca faisait 35 ans que je vivais avec un homme, avec qui j’ai eu deux enfants», raconte cette femme, la voix douce et ferme. Mais «monsieur est devenu alcoolique, il pouvait boire jusqu’à deux bouteilles de whisky par jour. Il est devenu violent». L’homme a été condamné à de la prison ferme pour menaces de mort sur sa compagne et pour avoir tenté d’étrangler sa fille.

De son côté, Sonia, effrayée, a été prise en charge par une association. Et a reçu un téléphone portable d’alerte, muni d’un bouton lui permettant de prévenir immédiatement les secours en cas de danger. Aussi, quand à peine sorti de prison son compagnon «est venu taper à la porte, complètement bourré», elle n’a pas hésité. Onze minutes plus tard – elle a calculé – la police est arrivée. L’homme, lui, a retrouvé le chemin de la prison.

La police «arrive en moyenne dans les 10 minutes»

Ce téléphone, jusqu’ici expérimenté dans 14 départements, devrait être progressivement étendu à l’ensemble du territoire. C’est une des dispositions prévues dans le projet de loi pour l’égalité femmes/hommes, adopté au Sénat en septembre et examiné à l’Assemblée à partir de ce lundi.  Le principe est simple: des femmes signalées en très grand danger après des violences conjugales se voient remettre par la justice, et pour six mois renouvelables une fois, ce téléphone un peu particulier. Quand il est activé, le signal est reçu par une plateforme de Mondial Assistance qui rappelle la femme et déclenche le cas échéant l’envoi de forces de l’ordre.

Dans le Bas-Rhin, où le système est en place depuis 2010, la police «arrive en moyenne dans les 10 minutes», constate le magistrat Patrick Poirret, un des initiateurs du dispositif en France, aujourd’hui procureur général près la cour d’appel de Nancy.

Le projet de loi prévoit une nouveauté pour améliorer le système: le déploiement de téléphones permettant leur géolocalisation. Ainsi, plus besoin pour les femmes de détailler au téléphone l’endroit où elles se trouvent – un moment qui peut par ailleurs les mettre en danger.

Une tentative d’assassinat déjouée

«Le principe du téléphone est révolutionnaire: la police se déplace avant qu’un drame se produise», explique de son côté Julie Simiand, juriste référente à l’association SOS Victimes 93, qui affirme que «le dispositif a fait ses preuves». En Seine-Saint-Denis, département précurseur, 143 femmes bénéficient ou ont bénéficié d’un téléphone depuis le début de l’expérimentation, en décembre 2009.  Sur les 97 qui sont sorties du dispositif, seules trois ont redéposé plainte ultérieurement. A Strasbourg, une tentative d’assassinat a été déjouée en juillet 2011. «Les policiers sont arrivés au moment où l’homme essayait d’égorger son ex-compagne», qui avait activé son téléphone, raconte Patrick Poirret, en poste dans le Bas-Rhin de 2010 à 2013.

«Ca fonctionne aussi parce qu’il y a un suivi très important», fait remarquer Julie Simiand. Car la remise de l’appareil est obligatoirement associée à un accompagnement dans plusieurs domaines: judiciaire, social, psychologique… Et les retours sont bons. «Elles retrouvent confiance dans les institutions et, surtout, en elles-mêmes», affirme la juriste. «C’est dur, mais je tiens le choc», témoigne Sonia, qui dit «garder tout le temps le téléphone sur elle» parce qu’elle sait que «si il y a un problème, ça marche».

*Le prénom a été modifié