Avortement: «Revenir en arrière en France, c'est impensable, on aurait une vraie révolution»

TÉMOIGNAGES es internautes de «20 Minutes» réagissent au retour en arrière sur le droit à l'avortement qui se prépare en Espagne...

Christine Laemmel

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REMY GABALDA / AFP

«N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.» Simone de Beauvoir, se doutait-elle, en alertant l’opinion dans les années 1980, que ses propos trouveraient un écho trente ans plus tard?

Plongée dans une lourde crise économique et sociale depuis cinq ans, l’Espagne s’apprête à revenir sur le droit à l’avortement. Le projet de loi, approuvé le 27 décembre en Conseil des ministres, prévoit sa limitation aux seuls cas de viols ou de mise en danger de la santé de la mère.

Ce changement qui s’opère à la frontière peut-il donner des idées à la France? Les internautes de 20 Minutes, femmes comme hommes, répondent, souvent avec inquiétude.

«En Espagne, on entend encore que la pilule peut donner le cancer»

«Revenir trente ans en arrière, ça fait froid dans le dos» écrit Françoise. Et ça se passe à quelques kilomètres de chez nous, dans «un pays moderne, prend soin de rappeler Jacques, qui a adopté le mariage pour tous bien avant la France». Le parallèle s’arrête là pour cet internaute de 67 ans, qui revient sur le combat acharné des femmes pour l’accès à la pilule et le droit à l’IVG. «Vous croyez que les femmes de France laisseraient faire ça?» interroge-t-il, convaincu que «revenir en arrière est impensable, sauf à avoir une vraie révolution».

«Nous sommes protégés parce que nous avons obtenu nos droits de manière plus progressive», pense Amandine, 28 ans, ancienne résidente d’Andorre, là où l’évolution s’est faite brutalement en Espagne. Les femmes les plus avancées d’Europe dans les années 30, puis corsetées par le régime de Franco, ont redécouvert leur liberté en 1975, sans passer par la case contraception.

«La pilule a une très mauvaise image en Espagne, décrit Amandine, on entend encore qu’elle peut donner le cancer ou des anomalies génétiques.» C’est le préservatif, rarement porté une fois en couple, qui a la cote, utilisé dans 56% des cas, contre 22% pour la pilule. «D’où un plus grand nombre de grossesses non désirées», conclut Amandine. Le «lobby catholique ultra-puissant», selon Pierre, et le machisme «bien plus fort qu’en France», pour Jacques, étant à la fois causes et conséquences du phénomène.

Le «cauchemar des faiseuses d’anges sur la table de la cuisine»

Contagieuse ou pas, la loi ibérique pourrait donc avoir une conséquence logique sur l’Hexagone: le débarquement des Espagnoles dans les cliniques frontalières. «Avant, les Françaises venaient se faire avorter en Espagne, maintenant, ce sera l’inverse», rapporte Amandine de la bouche de ses amies espagnoles. «Les jeunes filles vont venir chez nous, présage aussi DrKoin, dans la honte et l’anonymat.» Pour les moins fortunés, ce sera «dans des officines inavouables, pense Eric, mettant en danger la santé des femmes.» Ramenant Robert au «cauchemar des faiseuses d’anges sur la table de la cuisine.»

Pour Michèle, voir le voisin espagnol tanguer suffit à s’alarmer. «Il faut réagir et protester contre ces régressions, tance cette internaute. Signaler le danger, préventivement.» Ce dimanche, deux rassemblements simultanés sont prévus à Paris. Une «marche pour la vie» partira à 14h30 de la place Denfert-Rochereau, et une manifestation pour le droit à l’IVG aura lieu à 14h place d’Italie.