Tuerie de Chevaline: Seize mois après, le mystère reste entier

ENQUETE Zaïd al-Hilli, le frère de l’une des victimes, a obtenu mercredi la levée de son contrôle judiciaire mais reste suspect...

Manuel Pavard

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Des gendarmes postés sur les hauteurs de Chevaline (Haute-Savoie) où a eu lieu un quadruple meurtre le 5 septembre 2012.
Des gendarmes postés sur les hauteurs de Chevaline (Haute-Savoie) où a eu lieu un quadruple meurtre le 5 septembre 2012. — Cyril VILLEMAIN / 20 MINUTES

Zaïd Al-Hilli, le frère de Saad al-Hilli, l’une des quatre victimes de la tuerie de Chevaline (Haute-Savoie) survenue en septembre 2012, a obtenu mercredi au Royaume-Uni la levée de son contrôle judiciaire. La police britannique, qui «n’envisage pas d’actions supplémentaires pour le moment», a indiqué qu’«à ce stade, les preuves étaient insuffisantes» pour poursuivre celui qui reste néanmoins «suspect».

Le procureur de la République d’Annecy Eric Maillaud a en effet affirmé que l’homme de 54 ans n’était pas «disculpé. C'est simplement la confrontation de deux régimes juridiques différents. En France, nous n'aurions pas levé le contrôle judiciaire. Nous l'aurions probablement maintenu en l'allégeant.»

Une famille décimée

Près d’un an et demi après le quadruple meurtre de Chevaline, le mystère reste donc entier sur cette affaire qui mobilise une quarantaine d’enquêteurs français et autant de britanniques. Le 5 septembre 2012, Saad al-Hilli, un ingénieur britannique d’origine irakienne âgé de 50 ans, sa femme Iqbal, 47 ans, et sa belle-mère Suhaila Al-Allaf, 74 ans, avaient été retrouvés morts, exécutés de plusieurs balles, dans leur voiture, sur un parking isolé, le long d’une petite route forestière au sud du lac d’Annecy. L’une des fillettes du couple avait été grièvement blessée tandis que la seconde s’en était miraculeusement sortie indemne en se cachant sous sa mère.

Les deux soeurs vivent depuis chez des parents, à une adresse tenue secrète, mais leurs témoignages n’ont apporté aucun élément probant. La quatrième victime est un cycliste français, Sylvain Mollier, dont le corps avait été retrouvé sans vie à proximité du véhicule. Les enquêteurs le considèrent comme une victime collatérale.

Piste familiale ou espionnage industriel?

Après de longs mois d’enquête, la police britannique avait interpellé Zaïd al-Hilli, le 24 juin dernier, à Londres. Placé en garde à vue, ce dernier avait été remis en liberté provisoire dès le lendemain et soumis à un contrôle judiciaire. Depuis son interpellation, il n’a cessé de clamer fermement son innocence, tout en reconnaissant un lourd différend avec son frère au sujet de l’héritage paternel, estimé à plusieurs millions d’euros. Outre le conflit familial, une autre piste avait été évoquée, menant à l’espionnage industriel et au transfert de technologies. Saad al-Hilli a en effet travaillé dans le secteur de l’aéronautique au Royaume-Uni, pour une société de satellites civils. La piste irakienne reste également envisagée.

Le dernier rebondissement remonte au 4 novembre 2013, lorsque les enquêteurs ont diffusé le portrait-robot d’un motard. Portant un bouc et un casque noir ou foncé, celui-ci avait été aperçu sur les lieux du meurtre par des agents de l’Office national des forêts. Un numéro vert (0800-002-950) a été mis en place à l’attention d’éventuels témoins.