Un temple du graffiti numérisé permet aux internautes de taguer

Oihana Gabriel

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Les Magasins généraux de Pantin, promis à la destruction, ont une seconde vie sur Internet.
Les Magasins généraux de Pantin, promis à la destruction, ont une seconde vie sur Internet. — 20 Minutes

Sauver le street-art grâce à Internet. Les Magasins généraux de Pantin, immense temple du graffiti en Seine-Saint-Denis, sont au cœur d’une expérience originale. L’agence de publicité BETC Digital a élu domicile sur ce site du patrimoine devenu quartier général des graffeurs depuis des années. D’ici 2016, l’impressionnante friche industrielle laissera place aux bureaux de l’agence. Et les premiers travaux ont débuté en janvier, rendant ce terrain de jeu artistique inaccessible.

«On avait l’impression d’avoir un trésor dans ce bâtiment», raconte Rémi Babinet, fondateur de l’agence. Si les lieux n’échapperont pas à la destruction, BETC a mis au point un outil pour numériser l’intégralité des œuvres sur les murs en ruine. Pour tester ses talents de graffeur digital, rendez-vous sur Graffiti général. «Pour que tout le bâtiment puisse être visité ad vitam aeternam!», se réjouit Rémi Babinet. «Mais on a aussi pour projet de découper des châssis pour conserver une trentaine de pièces pour une éventuelle exposition sur les Magasins généraux.»

Plus de 30.000 graffs sur le site

Le site internet, mis en ligne le 17 décembre 2013, permet non seulement d’explorer en 3D les murs graffés, mais aussi de s’initier au tag digital. En clair, si l’internaute clique sur «graff», le lieu virtuel recouvre les photographies et à l’aide de sa souris transformée en bombe, il peut dessiner sur la Toile sa création. «Tous les étages ont été recouverts en deux jours! Au point qu’on a demandé aux visiteurs virtuels de faire en sorte que toutes les pièces soient investies. Depuis le lancement du site, on a eu 60.000 visites, et la moitié a laissé un graff.»

>> Retrouvez par ici la vidéo sur laquelle 20 Minutes teste le graff digital

Une expérience qui contredit le côté éphémère du street-art. Mais selon Rémi Babinet, l’accueil dans le milieu a été plus positif que prévu. «Certains grands noms qui avaient investi les Magasins généraux ont même fait la passation. Des artistes comme Lek ont accepté d’être les premiers à entrer dans le site digital et à faire des graffitis virtuels», explique Rémi Babinet. Des graffs de pro qui ont depuis été recouverts par ceux des artistes en herbe.

Des mots doux et des œuvres qui voyagent sur les réseaux sociaux           

Et les internautes se sont approprié ce site-laboratoire. Certains se donnent rendez-vous pour graffer de concert, d’autres diffusent une capture d’écran de leur création sur les réseaux sociaux ou taguent des mots doux. «Et on en apprend tous les jours, s’amuse Rémi Babinet. On a même un internaute qui nous a fait une demande de stage via un graffiti. Avec ce côté expérience, on rejoint l’esprit du street-art.»