Trois millions de mal-logés en France: Le logement, un scandale à tous les étages

LOGEMENT Le documentaire «Le scandale du logement», diffusé sur France 3 ce lundi, met en lumière les dérives d’un secteur en crise…

Mathieu Gruel

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Paris, le 27 janvier 2013
Paris, le 27 janvier 2013 — A. GELEBART/20 MINUTES

C’est l’une des principales préoccupations des Français. La question du logement est également au cœur du documentaire «Le scandale du logement», réalisé par les journalistes Amandine Chambelland et Linda Bendali et diffusé ce lundi sur France 3.

Difficultés, blocages et spéculations ayant cours en France dans ce secteur y sont abordés. Et «on peut effectivement parler de scandale», confirme Jean-Claude Driant, professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris. Car «s’il y a bien eu des améliorations ces 40 dernières années, avoir 3,5 millions de mal-logés en France, un pays riche, c’est scandaleux».

Depuis 10 à 12 ans, la crise du logement s’est même «aggravée et différenciée, avec l’explosion des prix», explique Vincent Renard, économiste et directeur de recherche au CNRS. Du coup, si des villes comme Besançon (Doubs) disposent de nombreux logements inoccupés, pour de grandes agglomérations comme Paris, la situation est devenue irrespirable.

Responsabilité des politiques

Ainsi, «avoir une chambre en plus ou changer de logement peut être très difficile et créer de la frustration», explique Jean-Claude Driant. Et même s’il y a eu «une légère baisse de prix», rappelle Vincent Renard, «les  chiffres restent très discutables, faute d’indicateurs de référence».

Pire, des initiatives comme la loi Alur, censée encadrer les loyers, arriveraient trop tard. «La hausse a déjà eu lieu, son impact sera donc limité», explique Jean-Claude Driant. Ainsi, face au problème du logement, les acteurs politiques ne seraient pas exempts de tout reproche. «Il y a notamment un manque de gouvernance du système par les maires», détaille Vincent Renard. En Ile-de-France, certains préfèrent ainsi favoriser l’immobilier de bureau au détriment du logement, comme à Boulogne-Billancourt, où plus de 215.000m2 de bureaux seraient pourtant vides.

«En finir avec les plus-values»

Quant au «tous propriétaires», défendu par certains politiques, «ce n’est plus vraiment un slogan mis en avant», reconnaît Vincent Renard. Car si la propriété «est une épargne et peut être protectrice au moment de la retraite notamment, où les revenus baissent», explique l’économiste, elle peut aussi être source de pièges, comme le prouvent de nombreux cas de surendettement.

Le taux de propriétaires en France, sensiblement le même qu’en Europe «avec plus de 60%», explique Vincent Renard, «n’est d’ailleurs en rien un indicateur de qualité et de bien-être». En Allemagne et en Suisse, pays avec les plus gros taux de locataires et où les prix sont régulés, la situation concernant le logement est d’ailleurs bien moins tendue.

Pour tenter de sortir de l’ornière en France, «il faudrait en finir avec les plus-values et mettre en place une bonne fiscalité annuelle sur la valeur des biens», propose Vincent Renard. Pour Jean-Claude Driant, «ce qui est important, c’est qu’avec la loi Alur, les Plan locaux d’urbanisme seront désormais intercommunaux», explique-t-il. Cela devrait ainsi permettre de mieux articuler les constructions sur le territoire, «ce qui pourrait changer la donne».