Crise du logement: Le tour du propriétaire de ceux qui en profitent

Mathieu Gruel

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Un immeuble à Paris (12e) où les locataires protestaient contre la vente de leur appartement dans le cadre du systeme dit «à la découpe», le 29 mars 2005
Un immeuble à Paris (12e) où les locataires protestaient contre la vente de leur appartement dans le cadre du systeme dit «à la découpe», le 29 mars 2005 — GINIES/SIPA

La crise du logement? Quelle crise du logement? Alors que The Economist affirme que le marché français est surévalué de 35%, la bulle immobilière permet à certains de faire quelques jolis coups financiers, en profitant d'un secteur en tension, notamment sur Paris.

La vente à la découpe. La pratique consiste à acheter des immeubles entiers, pour les revendre ensuite, appartement par appartement. Une technique qui «permet de faire 30 à 40% de bénéfice», explique la journaliste Linda Bendali, qui a enquêté sur le phénomène pour le documentaire Le scandale du logement, diffusé ce lundi sur France 3. A Paris, des entreprises s'y adonnent d'ailleurs, comme la BNP. Mais elles ne sont pas les seules. Certains marchands de biens pratiquent également. Ils seraient même plus agressifs que ces grandes entreprises, n'hésitant pas, parfois, à «réaliser des travaux abusifs pour que les locataires craquent et quittent leur logement», raconte la journaliste.

 

Les marchands de liste. Nombreux sont ceux à s'être fait avoir, croyant payer -parfois plusieurs centaines d'euros- pour obtenir une liste d'appartements. Sauf que les biens proposés ne correspondaient que rarement aux critères souhaités par la personne en recherche de logement. Pire, il pouvait même s'agir de taudis loués à prix d'or. Mais heureusement, «cette pratique va disparaître grâce à la loi Alur», explique-t-on du côté de l’association nationale CLCV (Consommation, logement et cadre de vie), qui défend les intérêts des consommateurs et des usagers.

Le mandat cash. L'escroquerie se déroulait toujours de la même façon. Sur des sites comme le Bon coin, «des annonces idéales étaient proposées pour un prix raisonnable», explique-t-on du côté de la CLCV. Prétextant la méfiance, le bailleur demandait alors au candidat locataire de recourir au mandat cash -pour un montant correspondant généralement au dépôt de garantie- au cas où l’intéressé ne se présenterait pas au rendez-vous fixé. Sauf que c'est le pseudo loueur qui, ne se présentant pas au rendez-vous, ne manquait pas pour autant d'encaisser le mandat. Si la pratique a été très en vogue, «elle tend à se calmer», tempère-t-on du côté de la CLCV.

Les marchands de sommeil. «S'ils ont des profils différents», les marchands de sommeil ont en commun «un fond de malhonnêteté et un grand cynisme», explique-t-on à la CLCV. La pratique, d’abord répandue dans les hôtels insalubres, s’étend maintenant à des copropriétaires, qui achètent à plusieurs et montent des Sociétés civiles immobilières (SCI). Certains louent des taudis ou divisent des appartements, pour y loger un maximum de personnes dans un minimum de place. Saint-Denis serait ainsi «le terrain de jeu» préféré des vendeurs de sommeil, explique Linda Bendali.

La division de biens. C’est un sport bien connu des spéculateurs immobiliers. Ainsi, «un appartement de 30 m2, loué 1.000 euros par mois, pourra être divisé en deux de 15m2 qui rapporteront chacun 700 euros par mois», détaille la journaliste Linda Bendali. Le phénomène se développerait d'ailleurs dans les pavillons, notamment à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Quelque 1.500 pavillons y auraient été divisés entre 2001 et 2011, constate en effet l'Institut d'aménagement et d'urbanisme (IAU). Ce qui produit «des logements locatifs de taille et de qualité moyennes», pointe l'institut. Mais très rentables.