«Shtar Academy», le groupe de «taulards» sort son album enregistré en prison

Vincent Vantighem

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 Mirak, Badri et Malik, les trois membres de la Shtar Academy.
 Mirak, Badri et Malik, les trois membres de la Shtar Academy. — David Valteau

Malik avoue qu’au début, il s’est inscrit pour «passer le temps et faire autre chose que cellule et promenade». Sorti de prison il y a une semaine à peine, le jeune homme est pourtant devenu au fil du temps l’un des trois piliers de la Shtar Academy. Epaulés par des pointures du milieu, lui et deux autres «taulards», Mirak et Badri, sortent aujourd’hui leur premier album de rap, enregistré intégralement derrière les barreaux

>> Le clip «Les portes du pénitencier»

Deux cent taulards au départ, trois rappeurs à l’arrivée

«Shtar» signifie prison en argot. «Academy» car, comme pour sa grande sœur télévisée, le projet a débuté avec 200 candidats pour s’achever avec trois «gagnants». Sauf que personne n’a envoyé de SMS pour sélectionner les meilleurs rappeurs. C’est Mouloud Mansouri qui s’est occupé du tri. Aujourd’hui producteur, il  a passé, lui aussi, quelques années en prison avant de fonder l’association Fu-Jo. Et bien avant de penser à sortir l’album de la Shtar Ac’, il voulait simplement organiser un casting.

«Il fallait trouver des détenus capables de faire la première partie d’un festival de rap en prison», confie-t-il. Deux cent «taulards» assistent à la présentation du projet. Une trentaine s’inscrivent. Mais seuls dix sont sélectionnés. «J’ai tout fait pour les décourager, poursuit-il. Je voulais des mecs vraiment intéressés...»

>> A découvrir, l'interview vidéo des membres de la Shtar Ac'

La maison de disques signe sans même écouter un morceau

Les «taulards» se donnent à fond. Mouloud Mansouri décroche son téléphone pour faire rentrer des pointures du milieu en prison. L’administration pénitentiaire accepte. Orelsan, Psy 4, Mister You et bien d’autres répondent présents…

«Les mecs faisaient des progrès énormes. Le son était bon.» A tel point que Mouloud se prend à rêver. «J’ai prévenu personne, j’ai pris le train pour Paris et je suis allé voir la maison de disques Because. Sans même écouter un morceau, ils ont signé le projet !» Trois «taulards» sont alors retenus, au final, pour faire le disque.

>> Le chat avec la Shtar Ac' en direct de 20Minutes, c'est à retrouver ici

Un clip avec des acteurs à la place des détenus

Mais attention, le producteur jette un regard noir au premier qui qualifiera le projet de «coup marketing». «C’est d’abord un bon album de rap. Un très bon album même. Simplement réalisé dans de drôles de conditions…» Les autorisations pour faire rentrer du matériel en prison sont longues à arriver. Quand elles arrivent... Ainsi, les caméras pour tourner le premier clip n’ont jamais pu pénétrer derrière les barreaux. «On a donc pris des acteurs pour jouer les rôles de Badri, Mirak et Malik et on a tourné dehors», se désole Mouloud Mansouri.

Aujourd’hui, seul Badri est encore en détention. Et ses compères assurent qu’ils ne donneront pas de concert avant sa sortie. Mirak et Malik, eux, ont purgé leurs peines et se réinsèrent à toute vitesse en faisant la promo du projet. «On vise le pactole, Dieu merci, si on s’en sort», scandent-ils sur le titre «Wesh les taulards». Mouloud, lui, préférerait simplement une Victoire de la musique.

 >> Le clip «Wesh les taulards»

Un titre censuré

Mouloud Mansouri explique que l'administration pénitentiaire n'a refusé qu'un seul titre sur les dix-neuf proposés par la Shtar Academy. «Un sur dix-neuf, c'est pas grave...»