Le sucre, ami ou ennemi de notre santé?

ALIMENTATION Les sucres industriels sont dans le viseur des nutritionnistes...

Audrey Chauvet

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Du sucre de canne blanc.
Du sucre de canne blanc. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

On savait que les bonbons donnaient des caries et que manger trop de pâtisseries poussait à l’embonpoint. Mais le sucre, dont chaque Français consomme 25 kilos chaque année, pourrait avoir des conséquences bien plus néfastes, alertent de plus en plus de nutritionnistes. La recrudescence du diabète, de l’obésité mais aussi de l’hypertension et du cancer pourrait être liée à notre consommation accrue de sucres industriels, estiment les médecins.

Des calories qui fatiguent

Certes, le sucre est le premier aliment de notre cerveau, et les évanouissements provoqués par l’hypoglycémie le prouvent, mais Bénédicte Van Craynest, diététicienne-nutrithérapeute, estime que consommer en excès le sucre nous fatigue plus qu’il ne nous apporte d’énergie. «Le sucre industriel n’apporte aucun nutriment: c’est une calorie vide, qui ne contient plus ni vitamine ni minéraux.» Pour métaboliser ce sucre, le pancréas doit produire de l’insuline, au risque de se fatiguer. «Avec nos petits-déjeuners sucrés, nous sommes en hyper-insulinémie dès le matin. On fait le yo-yo toute la journée, ce qui épuise le métabolisme», explique Bénédicte Van Craynest. 

Faut-il pour autant bannir tout aliment sucré? Non, précise la nutritionniste Dr Alexandra Dalu: «Si l’apport en sucre est raisonnable par rapport à l’activité que l’on a dans la journée, il n’y a aucune raison de développer des pathologies», explique-t-elle. Toutefois, il faut bien choisir ses sucres: privilégier un fruit entier plutôt qu’un jus, du chocolat brut plutôt qu’un gâteau et les consommer plutôt pendant un repas que seuls en grignotage pour en minimiser l'absorption. Les laitages contiennent déjà du sucre naturel, le lactose, donc mieux vaut éviter d’en rajouter. Les édulcorants, présents dans de nombreux laitages et boissons «light», leurrent le cerveau qui va réagir au goût sucré et en redemander. Les sucres plus naturels, comme le miel, sont préférables en petite quantité, recommande le Dr Dalu.

Se désintoxiquer du sucre

Le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande également d’apprendre à lire les étiquettes sur les produits industriels: les yaourts, desserts lactés, boissons sucrées mais aussi les sauces ou les plats préparés sont souvent très sucrés. «La consommation de sucre en France est stable depuis quarante ans, explique Bertrand du Cray, directeur général délégué du Centre d’études et de documentation du sucre (Cedus), l’organisme interprofessionnel de la filière sucre. Mais alors qu’il y a quarante ans nous consommions autant de sucre de bouche que de sucre agroalimentaire, ce dernier a beaucoup augmenté dans notre consommation.»

Et à force d’en manger, on devient accro. Pour beaucoup, il est difficile d’imaginer passer une journée sans sucre, une petite douceur qui nous fait plaisir ou nous réconforte. Malheureusement, «la seule solution est de se déshabituer du goût sucré, recommande Bénédicte Van Craynest. Il faut être dans des bonnes conditions de stress et se demander pourquoi on a besoin de douceur… Cela touche à l’affectif.»