Affaire Vincent Lambert: La crainte de «l’acharnement thérapeutique» après la décision de maintenir l’alimentation

Enora Ollivier

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Le CHU de Reims, où est hospitalisé Vincent Lambert, un homme tétraplégique, au coeur d'une bataille familiale.
Le CHU de Reims, où est hospitalisé Vincent Lambert, un homme tétraplégique, au coeur d'une bataille familiale. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

«Obstination déraisonnable», «promotion de l’acharnement thérapeutique»: La décision du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne inquiète le corps médical. Ce jeudi, la justice s’est prononcée contre l’euthanasie passive de Vincent Lambert, un tétraplégique de 38 ans en état de conscience minimale depuis 5 ans, hospitalisé au CHU de Reims. Le tribunal a ainsi donné raison à une partie de la famille du jeune homme qui s’opposait à l’arrêt de son alimentation et son hydratation artificielles, annoncé le 11 janvier par Eric Kariger, le chef du service de médecine palliative du CHU, en accord notamment avec son épouse.

Le tribunal a notamment «jugé que la poursuite du traitement n'était ni inutile, ni disproportionnée et n'avait pas pour objectif le seul maintien artificiel de la vie et a donc suspendu la décision d'interrompre le traitement». «Le tribunal a reconnu que Vincent n'était ni malade ni en fin de vie et la loi ne pouvait pas s'appliquer. Dans le cas de Vincent, les éléments pour arrêter l'alimentation ne sont pas réunis», s’est réjouit Me Jean Paillot, l’avocat des parents, auprès de l’AFP.

«Profonde remise en question de la loi Leonetti»

Pourtant, «Vincent n'a pas de lien relationnel et le maintien de l'alimentation ne lui permettra jamais de recouvrer un lien de relation», a estimé Me Catherine Weber-Seban, qui défend le CHU de Reims.

Aussi le Dr. Eric Kariger a-t-il évoqué, après la décision du tribunal une «obstination déraisonnable» à maintenir le jeune homme en vie. La justice «promeut l’acharnement thérapeutique», s’alarme de son côté le Dr Vincent Morel, président de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP). En effet, selon lui, le tribunal «considère que l’alimentation artificielle est un traitement comme un autre» et pas «un traitement qui maintient artificiellement en vie».

Vincent Morel y voit aussi une «profonde remise en question de la loi Leonetti» sur la fin de vie et juge qu’il y a «urgence à diffuser la notion de directive anticipée», pour que chacun fasse savoir quel serait son souhait en pareille situation.  Les médecins ont été rejoint par Jean Leonetti, député UMP à l’origine de la loi qui porte son nom. «Il faudrait avoir une décision sur le fond», a écrit l’élu dans un communiqué, «car cette jurisprudence pourrait aboutir, si elle restait en l’état, à maintenir par précaution l’acharnement thérapeutique dans les traitements de survie».

Le Dr Kariger et les avocats des membres de la famille qui sont favorables à laisser mourir Vincent Lambert n’excluent pas de déposer un recours devant le Conseil d’Etat.