Education prioritaire: Que pensent les profs de la réforme?

Delphine Bancaud

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Vincent Peillon, le 16 janvier 2014, lors de l'annonce de son plan de réforme de l'éducation prioritaire.
Vincent Peillon, le 16 janvier 2014, lors de l'annonce de son plan de réforme de l'éducation prioritaire. — AFP PHOTO/BERTRAND GUAY

Réduire l'écart de performance entre les élèves de l'éducation prioritaire et les autres de 30 à 10%. Tel est l’objectif que s’est fixé le ministre de l’Education nationale, qui a détaillé ce jeudi sa réforme de l’éducation prioritaire. Des mesures que commentent les enseignants qui exercent, ou ont exercé, dans ces établissements difficiles.

Des primes revalorisées pour attirer les profs

Elles seront doublées dans les réseaux les plus difficiles et augmenteront de 50% dans le reste de l'éducation prioritaire. «C’est une bonne mesure pour stabiliser les équipes car en Seine-Saint-Denis, un enseignant sur trois de l’éducation prioritaire demande à partir chaque année», estime Isabelle, enseignante de réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) à Bondy. David, enseignant d’histoire géographie dans un collège à Pont-de-Chéruy (Isère) se montre plus prudent. «Ces primes ne seront versées qu’à partir de 2015, on aurait préféré 2014. Et on attend de les voir pour y croire.» Même scepticisme chez Marie, prof de Français qui a enseigné dans un collège de Stains (Seine-Saint-Denis): «Cela me parait trop beau pour être vrai et je me demande comment Peillon va financer ça. Et pour stabiliser les équipes, il faut aussi s’assurer que les affectations soient cohérentes. Car je voulais rester dans l’éducation prioritaire et j’ai finalement atterri ailleurs pour des raisons administratives

La scolarisation des moins de 3 ans dans chaque réseau

Elle sera progressivement assurée dans l’ensemble des réseaux de l’éducation prioritaire a promis Vincent Peillon. «C’est très important, notamment pour les enfants défavorisés dont les parents ne parlent pas français. Mais il faut que ce dispositif monte en charge rapidement», souligne Isabelle.

«Plus de maitres que de classes» dans chaque école

Un maître supplémentaire sera affecté dans chaque école du réseau prioritaire pour accompagner les élèves par des pédagogies différenciées d’ici à la fin du quinquennat. «C’est une bonne mesure, mais attention, il ne faut pas que ces postes soient créés au détriment des emplois de Rased. Car il ne s’agit pas du même métier», prévient Isabelle.

Un accompagnement continu jusqu’à 16h30 pour les élèves de 6e

Ils bénéficieront d'aides au devoir, d'un soutien méthodologique ou d'un tutorat pendant les trous de leur emploi du temps en étant accueillis dans l'établissement jusqu'à 16h30. Ces heures seront coordonnées par des enseignants ou des assistants d’éducation. «Ce type d’accompagnement est très utile, mais il existe déjà dans de nombreux collèges», souligne David. Marie se montre plus critique: «Il ne faut pas que cet accompagnement soit une obligation, car certains élèves ont chez eux un cadre propice au travail. Je crains aussi que ces heures soient assurés, au final, plus par des assistants d’éducation que par des enseignants. Or, tous ne sont pas aussi impliqués dans leurs missions.»

Des décharges horaires pour les enseignants

Les enseignants bénéficieront de décharges horaires pour travailler en équipe, assurer le suivi des élèves, rencontrer les parents… Soit 1h30 de cours en moins à assurer pour les profs de collège et neufs jours libérés par an pour les professeurs des écoles. «Une bonne mesure, estime David. Car nous manquons toujours de temps de concertation entre collègues et pour rencontrer les parents.» Une mesure qui satisfait aussi Isabelle: «Ça permettra aux équipes de travailler sur des projets et d’avoir une approche pédagogique cohérente pour tout l’établissement.» Marie est plus dubitative: «Que les profs principaux en collège aient une décharge, c’est tout à fait justifié. Mais 1h30 par semaine pour tous les profs, je trouve cela excessif.»

Un meilleur accompagnement des équipes

Dans les réseaux les plus difficiles, les enseignants bénéficieront de trois jours de formation par an. Et les nouveaux arrivants auront un tuteur. «Ce sont des premières avancées, mais il faudrait que tous les profs de l’éducation prioritaire bénéficient de trois jours de formation», affirme Isabelle. «Il faut surtout que les dites formations soient de qualité, car ce n’est pas toujours le cas», ajoute Marie.