Michel Gondry a trouvé son nid pour une usine de films à Aubervilliers

Oihana Gabriel

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Le réalisateur Michel Gondry ouvrira en 2016 une usine de films amateurs dans une ancienne usine d'allumettes à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
Le réalisateur Michel Gondry ouvrira en 2016 une usine de films amateurs dans une ancienne usine d'allumettes à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). — A. GELEBART / 20 MINUTES

Si vous cherchez l’usine de Michel Gondry, suivez la cheminée. D’ici à mai 2016, la sortie du métro Aubervilliers Quatre chemins pourrait afficher cette direction plutôt surprenante. Non, le célèbre réalisateur ne quitte pas le cinéma pour la sidérurgie. Mais il pérennise son usine de films amateurs, qui a déjà fait le tour du monde, dans cette ville de Seine-Saint-Denis. Mardi, le cinéaste de L’Ecume des Jours présentait son projet pour transformer une ancienne usine d’allumettes, surmontée d’une cheminée de 45 m de haut, en studio gratuit et ouvert à tous ceux qui voudraient se frotter à la réalisation.

>> Retrouvez la vidéo où Michel Gondry explique le concept de son usine de films amateurs au Centre Pompidou


Michel Gondry et son usine à films au Centre... par 20Minutes

Le réalisateur, qui tenait à monter son usine au-delà du périphérique, est tombé sous le charme de la manufacture fermée en 1962. Et le côté recyclé de ce lieu du patrimoine industriel s’inscrit dans la démarche du «Do it Yourself» chère au réalisateur de La Science des Rêves. L’équipe qui animera le lieu envisage d’ailleurs des partenariats avec des ressourceries et, pourquoi pas, avec la récente Cité du cinéma à Saint-Denis pour recycler décors et autres costumes.

«L’imperfection fait partie du jeu»

Mais il ne s’inscrit pas dans la même démarche que Luc Besson et de ses gigantesques studios Europacorp. Promettant ainsi de ne pas venir tourner ses films ici. «J’aurais l’impression de piller. Ou alors ce serait pour un documentaire…» Michel Gondry a d’ailleurs volontairement évité de mettre le mot cinéma en haut de l’affiche. «Je n’ai pas la prétention de faire une école de cinéma. Mais un système qui tend à démontrer que la créativité existe partout. J’ai plus envie de voir le film que va faire le patron du café du coin que celui d’un élève d’école de graphisme», confie le cinéaste. Qui pourrait tout de même susciter des vocations. 

«Moins ça a l’air d’une école, plus ce sera attrayant»  

Dans les décombres de cette ancienne manufacture, Michel Gondry explique la genèse du projet né en mai 2011 lors du Festival de Cannes. «J’imagine cette usine comme un parc d’illusions. Mon principe est très communautaire. Les enfants peuvent même donner des ordres aux adultes! Le cinéma, c’est le contraire, c’est le réalisateur qui prend les décisions. Moins ça a l’air d’une école, plus ce sera attrayant.»  

 

«Ça me rappelle les bâtiments qu’on allait explorer petits, sourit le discret réalisateur devant la quinzaine de petites bâtisses abandonnées. J’ai immédiatement imaginé qu’on pourrait transformer les rues en décors extérieurs de cinéma.» A l’intérieur, la poussière et l’humidité ont envahi les petites salles, qui serviront de décors ou aux ateliers d’écriture. Les néophytes, par groupe de dix ou quinze, auront une heure pour accoucher ensemble d’un scénario, une heure pour le transformer en scènes et une dernière étape pour filmer. «On fait le montage à la prise de vue. Il faut donc dire "action" avant de filmer et "coupez" après. L’imperfection fait partie du jeu», rappelle le réalisateur de clips et de longs métrages.

>> Retrouvez le petit film Ça tourne toujours à l’usine, réalisé par Carine May et Hakim Zouhani sur ce projet un peu fou

En ouvrant un lieu pérenne, Michel Gondry imagine que les décors pourront évoluer et des expériences plus longues seront proposées. «A Beaubourg, on avait installé parmi la quinzaine de décors une chapelle, raconte-t-il. On en avait marre d’avoir un mariage dans chaque film alors on l’a transformé en intérieur d’avion…» Plus de stress donc, à partir de 2016 chacun pourra créer son petit film amateur sans peur de s’y prendre trop tard. Et le trésorier de l’association de promettre: «On espère faire huit à dix films par jour, six jours par semaine de 10h à 18h. Ça ne sera pas les 3/8 mais presque.»