«Ils peuvent mettre le paquet à 10 euros, ça fait des années que j'achète mes cigarettes en Belgique»

TÉMOIGNAGES es augmentations annuelles du prix des cigarettes ne font «ni chaud ni froid» à certains internautes, qui achètent leur tabac à l'étranger...

Christine Laemmel

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DAMOURETTE/SIPA

La Belgique, l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie. Aucune frontière n’y échappe. Face à l’augmentation progressive du prix des cigarettes, dont la dernière du 13 janvier a fait grimper de 20 centimes le coût du paquet, nombreux sont les fumeurs qui se fournissent à l’étranger. 20% du marché français du tabac serait concerné, selon des chiffres des douanes de mars 2013. Parmi ceux qui achètent à l’étranger, Corinne, Anthony, Théo ou Aurélien, internautes de 20 Minutes.

Anthony habite à Reims (Marne). Mais une fois par mois, il rend visite à de la famille à Charleville-Mézières (Ardennes), à quelques encablures de la frontière belge. Un crochet d’une quinzaine de minutes, et cet internaute fait le plein. Comme Aurélien et «tous les Nordistes», prend-il la peine de préciser. Corinne prend elle la direction de l’Allemagne, depuis près de 14 ans. Le Niçois Théo privilégie l’Italie, et beaucoup d’autres internautes du sud de la France citent l’Espagne.

Quatre fois moins cher qu’en France

Anthony dépense tous les deux mois «15,70 euros de tabac et trois euros de tubes [cigarettes vides à remplir avec du tabac à l’aide d’une machine].» Avec ça, il fabrique 300 cigarettes, sa consommation pour environ huit semaines et moins de 20 euros. Selon les prix de janvier 2014, cet internaute devrait dépenser plus de 100 euros s’il achetait des paquets de cigarettes en France.

Corinne, plus grosse fumeuse, se rend une fois par mois à dix minutes de chez elle, en Allemagne. Elle y achète pour 100 euros de tabac, pour elle et sa fille. Avec ça, elles tiennent un mois. Rien que pour sa consommation personnelle, se fournir en France lui coûterait près de quatre fois plus cher.

«Je plains ceux qui n’ont pas de pays frontaliers près de chez eux»

Le calcul est donc vite fait pour tous les frontaliers. «Tout le monde autour de moi s’est mis aux cigarettes roulées, explique cette internaute de 43 ans, et tout le monde passe la frontière». A l’autre bout de la France, Théo n’a que 20 minutes de voiture à faire pour rejoindre l’Italie et ses paquets à «quatre euros». «Je plains ceux qui n’ont pas de pays frontaliers près de chez eux, écrit-il sur Facebook.

Les hausses successives, beaucoup ne les suivent même plus, complètement indifférents aux assauts du gouvernement sur les fumeurs. «Ils peuvent même le mettre à dix euros, s’amuse Anthony, ça ne me fait ni chaud ni froid.» Et si on parle «impératif de santé publique» à Corinne, elle hurle au «grand pipeau» orchestré par le gouvernement. «Je n’arrêterai pas de fumer, assure et assume cette Alsacienne. Même si je ne pouvais plus aller en Allemagne, je continuerai quand même à acheter du tabac hors de prix, en France.»