VIDEO. A Paris, Dieudonné joue le même spectacle, expurgé des propos antisémites

ANTISEMITISME Le polémiste a fait ce que la justice lui avait ordonné: s'abstenir des charges antisémites dont «Le Mur» avait été jugé coupable...

N. Beu.

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Le théâtre de la Main d'or, à Paris, le 13 janvier 2014, où Dieudonné s'est produit pour la première d'«Asu Zoa».
Le théâtre de la Main d'or, à Paris, le 13 janvier 2014, où Dieudonné s'est produit pour la première d'«Asu Zoa». — PATRICK KOVARIK / AFP

Si «Le Mur» de Dieudonné est tombé sous les coups de boutoir de Manuel Valls, il en reste encore les fondations. Le polémiste, qui avait présenté le spectacle qu'il donnait à Paris ce lundi soir comme nouveau, s'est en effet contenté de reprendre entièrement la trame du précédent, dont la justice avait interdit certains propos, en l'expurgeant des attaques les plus frontales contre les Juifs, selon un journaliste de l'AFP qui a assisté à la première représentation de ce lundi.

Ce journaliste, qui a vu les deux versions du spectacle à une dizaine de jours d'intervalle, raconte ainsi que les sketches d'«Asu Zoa» -le titre de ce nouveau show- sont quasiment identiques à ceux du «Mur». Un constat qui nuance fortement la version avancée par Dieudonné, qui décrivait ironiquement cette nouvelle mouture, écrite en trois nuits, comme «un spectacle de danse et de musique, de mime et même de quelques mouvements de taï-chi» s'inspirant de «mythes ancestraux et de croyances primitives».

Une salle pleine à craquer

En réalité, si Dieudonné évoque en effet l'Afrique et en particulier le Cameroun, dont son père est originaire, il n'en oublie pas pour autant l'actualité récente, évoquant notamment Manuel Valls, selon BFMTV, qui a interrogé des spectateurs à la sortie de la Main d'or. Le journaliste de l'AFP mentionne ainsi un sketch raillant le ministre de l'Intérieur et le président de la Licra, Alain Jakubowicz, contre qui Dieudonné avait porté plainte le 24 décembre.

En termes purement légaux, Dieudonné s'est toutefois bel et bien conformé à la décision de justice lui ordonnant de supprimer certains propos de ses spectacles. Ainsi, la référence explicite au maréchal Pétain, qui apparaissait auparavant comme le président «préféré» de Dieudonné, a disparu. Le journaliste de France Inter Patrick Cohen, lui, est encore mentionné, mais sans les références aux chambres à gaz qui avaient choqué et mobilisé notamment le ministère de l'Intérieur. De même, indique l'AFP, Dieudonné ne dit plus «Je n'ai pas à choisir entre juifs et nazis, je suis neutre dans cette affaire», un des passages qui avaient choqué dans son spectacle «Le Mur». «Je n'étais pas né, qu'est-ce qu'il s'est passé? Qui a volé qui? J'ai ma petite idée...», a aussi disparu de la nouvelle version.

L'UEJF «dubitative»

La chanson finale «Shoahnanas», a elle été remplacée par «François, la quenelle, la sens-tu?», sur le rythme du «Chant des partisans», repris en chœur par le public. Un public venu très nombreux et qui a apprécié la performance de Dieudonné, l'acclamant debout à la fin de la représentation, selon l'AFP.

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) est pour sa part «dubitative sur cette volte-face et remarque que Dieudonné continue de diffuser sur Internet des messages vidéos racistes et antisémites via sa chaîne Youtube», écrit-elle dans un communiqué diffusé dans la nuit de lundi à mardi.