Harcèlement scolaire: «C’était gratifiant de s’acharner sur moi, ça leur donnait un sentiment de toute puissance»

TEMOIGNAGE Dans De la rage dans mon cartable* qui sort ce mercredi en librairie, Noémya Grohan raconte le harcèlement scolaire qu’elle a subi pendant quatre ans et ses répercussions dans sa vie d’adulte…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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La couverture du livre de Noémya Grohan De la rage dans mon cartable.
La couverture du livre de Noémya Grohan De la rage dans mon cartable. — Hachette témoignages

Un look de garçon manqué, des vêtements sans marque, des oreilles un peu décollées, une légère timidité… Pour ces quelques détails, Noémya Grohan va devenir le souffre-douleur de ses camarades de collège. Dans De la rage dans mon cartable * qui sort ce mercredi en librairie, la jeune femme âgée de 26 ans aujourd’hui raconte son calvaire qui a duré quatre ans et dont elle garde encore des séquelles. Témoignage.

Comment expliquez-vous rétrospectivement que vous soyez devenue la cible de harceleurs?

Je n’adoptais pas leurs codes et j’arborais un look différent. Or, à cet âge, on accepte mal les différences. Deux filles ont commencé à me surnommer «Guizmo» [nom d’un Gremlins], puis toute la classe a fini par me prendre en grippe et ensuite toute l’école. Pour eux, c’était gratifiant de s’acharner sur moi, ça leur donnait un sentiment de toute-puissance.

Quels sont vos pires souvenirs?

C’était une douleur de chaque instant, qui se matérialisait par des insultes, des coups, des vexations... Je n’étais pas chahutée occasionnellement, mais dans la cour, le bus scolaire, la cantine, en salle de classe… Je me rappelle notamment du jour où une élève m’a fait un croche-pied devant tous mes camarades hilares.

Vous expliquez qu’aucune de vos réactions n’a pu arrêter vos agresseurs…

J’ai été muette face à eux, j’ai adopté une posture agressive, puis défensive…. Mais ils n’avaient aucune empathie, cela n’a donc servi à rien. Mon erreur est de ne pas en avoir clairement parlé aux adultes.

Pourquoi éprouvez-vous plus de rancune envers le personnel du collège qu’envers vos agresseurs?

Car ils ne sont pas intervenus. Je n’ai été convoquée qu’une fois dans le bureau du conseiller principal d’éducation à propos de mes absences injustifiées. Je lui ai raconté mon histoire, il a convoqué deux filles qui me harcelaient, mais il n’a pas suivi mon dossier donc les brimades ont recommencé deux mois plus tard. Quant aux profs, ils ont minimisé ce que je vivais. Ils pensaient sûrement qu’il fallait que j’apprenne à me défendre. Par leur silence, ils ont indirectement encouragé les autres à continuer à me harceler en toute impunité.

Quelles ont été les séquelles de ce harcèlement?

Dans mon livre, j’écris que «cette souffrance intérieure m’a ensuite poursuivie pendant des années comme un millier de coups de poignard dans le ventre». Car j’ai perdu confiance en moi, j’ai connu plusieurs périodes dépressives et j’ai eu un mal fou à trouver ma voie professionnelle parce que je me mettais en situation d’échec.

Comment vous en êtes-vous sortie?

Un jour sur Facebook, j’ai écrit à une de mes harceleuses qui s’est excusée de son comportement. Je l’ai vécu comme une libération. L’Association de prévention des phénomènes de harcèlement (APHEE) m’a aussi beaucoup aidée, ainsi que l’écriture. Je me suis reconstruite petite à petit. J’ai ensuite entamé une formation pour devenir coordinatrice de projets afin d’organiser des séances de sensibilisation au harcèlement scolaire dans les établissements.

Les dernières mesures annoncées par le ministère de l’Education pour lutter contre ce fléau vous semblent-elles suffisantes?

A mon époque, personne ne parlait de harcèlement. Le fait que des campagnes de communication soient organisées sur le sujet est une très bonne chose. Ainsi que les formations prévues pour les profs, la médiation entre élèves… Il faudrait aussi assurer un meilleur suivi des élèves harcelés et ce, sur plusieurs années, car bien souvent l’histoire se répète. Il faut aller vite car la France a vingt ans de retard sur le sujet!

* De la rage dans mon cartable de Noémya Grohan, Hachette témoignages, 11,90 €.