Le médicament Sativex, à base de cannabis.
Le médicament Sativex, à base de cannabis. — DR

Société

Cannabis: Le Sativex en quatre points fondamentaux

SANTÉ – La France s'est ouverte à sa première utilisation médicale du cannabis en autorisant la mise sur le marché d'un spray à base d'extraits de chanvre...

A l’heure où certains Etats américains ouvrent leurs premiers coffee-shops, la France avance à pas de loup. Une autorisation de mise sur le marché (AMM) a été accordée jeudi dernier au Sativex, un médicament dérivé du cannabis, destiné à soulager certains patients atteints de sclérose en plaques, a été accordée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), a expliqué le ministère de la Santé dans un bref communiqué.

Une première étape vers le cannabis médical? Les autorités assurent qu'il ne s'agit pas d'une légalisation du cannabis médical. «Nous ne sommes pas dans le cadre du cannabis thérapeutique», explique l’ANSM à 20 Minutes. En attendant, la France rejoint les 23 pays -dont 17 en Europe- qui ont décidé de faire bénéficier légalement leurs patients des médicaments à base de cannabis. L'autorisation de mise sur le marché «est une étape préalable à la commercialisation du produit, qui interviendra à l'initiative du laboratoire», précise le ministère, alors que ce spray buccal des laboratoires britanniques GW Pharmaceuticals devrait être commercialisé en France par le laboratoire Almirall début 2015.

Le Sativex, un pas de nain? Les ordonnances de Sativex seront très restrictives. Le médicament ne pourra être prescrit que pour traiter la spasticité -les contractures- liée à la sclérose en plaques de patients adultes, résistante aux autres traitements. L’ANSM rappelle que «jusqu’en juin 2013, tout médicament à base de cannabis était interdit». Ce verrou a sauté avec la publication d'un décret autorisant la vente ou fabrication de médicaments contenant des dérivés du cannabis. «Le Sativex est le premier dossier qui nous a été soumis, et nous n’en avons pas d’autres à l’étude.»

Le Sativex comporte-t-il des risques? «Le Sativex a les mêmes contre-indications qu’en Europe, nous n’avons pas été plus restrictifs qu’ailleurs, affirme l’ANSM. Nous allons cependant surveiller de très près son utilisation afin d’éviter tout risque d’abus.» Fabienne Lopez, présidente de l’association Principes actifs, pour la dépénalisation du cannabis thérapeutique, explique qu’«il y a toujours un risque comme avec tous les médicaments mais en théorie, ici, il n’y en a pas, comme on l’observe chez nos voisins européens». Le Sativex ne devrait pas entraîner d’addiction réelle. Sa formule minimise l’effet du tétrahydrocannabinol (ou THC), la principale molécule active à risque. «Il n’y aura aucun ressenti de l’état d’ivresse produit par cette composante», affirme Fabienne Lopez. En revanche, comme il s’agit un spray buccal, il y a un risque allergène, le Sativex contenant de l’alcool. Il y aurait un souci pour les personnes sous chimio qui ont des aphtes ou pour les personnes en sevrage d’alcool. «Il y a par ailleurs un risque d’intoxication chez les enfants», ajoute l’ANSM.

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Avec toutes ces mesures de précaution, pourquoi avoir tardé à le lancer? «La différence entre l’Europe et la France est la politique menée à l’égard de l’usage du cannabis, assure Fabienne Lopez. Dès que le débat est soulevé, il crée à chaque fois toute une histoire.» C’est toutefois une première avancée mais «l’impression reste que les choses ne sont faites qu’à moitié. D’autres myopathies pourraient être soignées par le Sativex. Il existe toujours un réel obscurantisme sur le cannabis.»

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