Yvelines: Le faux architecte jugé ce lundi n’est pas mythomane, selon un psychanalyste

Oihana Gabriel

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Illustration du Tribunal de grande instance de Versailles.
Illustration du Tribunal de grande instance de Versailles. — BOUTIN PHILIPPE/SIPA

Lundi, le tribunal de Versailles va se pencher sur l’histoire d’un faux architecte, un homme suspecté d'avoir exercé illégalement pendant près de trente ans la profession d'architecte dans les Yvelines et construit de nombreux bâtiments. Pascal Neveu, psychanalyste et auteur de l’ouvrage Mentir, pour mieux vivre ensemble?, décrit le profil psychologique du suspect…

Est-ce que, pour vous, ce «faux architecte» est un mythomane?

Non, car il a totalement conscience de son mensonge. Le vrai est dans un réel déni de la réalité. Lui a avoué. En revanche il a une volonté de toute-puissance: il veut transgresser les règles et se rêve en architecte. Mais il confesse dans son interview: «Je me suis infligé une peine de vingt-cinq ans à cause de ce mensonge.» Il était donc conscient dès le début qu’il vivait dans le mensonge. Plaider devant le tribunal la mythomanie ne tiendrait pas la route.

Comment reconnaît-on un mythomane?

Il n’y a pas de définition dans les manuels. C’est un trouble identitaire et un déni de la réalité. Les mythomanes n’ont aucune estime d’eux-mêmes. Mais ils sont très intelligents et arrivent à cloisonner leurs relations pour ne pas être confondu. Mais leur réaction quand ils sont démasqués est très violente. Un vrai mythomane aurait soit disparu, soit tué la personne qui le confronte à la réalité, soit il se serait suicidé.

Est-ce qu’on peut rapprocher cette affaire de celle du faux médecin, Jean-Claude Romand qui avait inspiré le film L’Adversaire?

Non, dans le cas de Jean-Claude Romand, il s’agit vraiment d’un mythomane. Qui avait d’ailleurs fui en tuant une partie de sa famille et en se suicidant. Mais pour ce cas, le suspect a enjolivé la réalité. C’est à rapprocher du grand rabbin, Gilles Bernheim, qui n’avait jamais eu l’agrégation contrairement à ce qu’il disait. C’est faire preuve d’orgueil. Ce maître d’œuvre est rentré dans le piège du mensonge et a revendiqué un métier qui fait fantasmer. En France, on est dans la reconnaissance par le titre et par le diplôme plus qu’ailleurs.

Je pense en revanche que Dupont de Ligonnès a un profil de mythomane. Il avait d’ailleurs raconté avoir travaillé pour les services secrets… tout comme Jean-Claude Romand.

Est-ce qu’il est plus facile de duper les gens aujourd’hui avec Internet?

Dans une certaine mesure: on a accès à des outils qui permettent de mentir, par exemple de retoucher une photo sur Photoshop, beaucoup de personnes s’inventent un noël festif sur les réseaux sociaux pour cacher leur solitude. Mais je crois que c’est aussi la rapidité qui est en cause. Avant on s’informait davantage sur les personnes. En tant que formateur, il y a quelques années on nous demandait d’avoir les originaux des diplômes des psychanalystes recrutés. Aujourd’hui on n’a plus ce réflexe. On est dans une société du mensonge. Parfois à finalité commerciale, comme pour ces entreprises qui achètent du clic. Paradoxalement, les Français pensent que le mensonge est très répandu dans les élites, mais sont de plus en plus sensibles au mensonge. En 2012, un sondage montrait que 51% des Français ne croyait pas dans le programme électoral des deux candidats aux présidentielles. Et pourtant, il y a une forme d’intolérance vis-à-vis du parjure encore plus que du mensonge, ce qu’on a pu voir dans l’affaire Cahuzac.