Xavier Mathieu fixé vendredi sur son action pour «discrimination» envers Continental

Vincent Vantighem
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Des salariés de Continental manifestent avec leurs collègues de Goodyear, en 2009.
Des salariés de Continental manifestent avec leurs collègues de Goodyear, en 2009. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

«C’est le lot de tous les gens qui osent se battre pour des idées, pour refuser l’insupportable…» Le verbe est toujours aussi radical. La voix de Xavier Mathieu, elle, semble un peu plus fatiguée. L’ancien leader CGT de l’usine Continental de Clairoix (Oise) doit être fixé ce vendredi sur son sort par le conseil de prud’hommes de Compiègne. Il a attaqué son ancien employeur pour «discrimination et entrave».

«C’est de la fumisterie!»

«Comme les autres représentants syndicaux, mon licenciement a été annulé en février 2012, rabâche celui qui a, par ailleurs, été condamné pour avoir saccagé la sous-préfecture de Compiègne. Tout le monde a été réintégré sauf moi. C’est de la discrimination…»

Examinée en décembre dernier, l’affaire est un peu plus complexe. La direction de Continental avait d’abord proposé un poste à Xavier Mathieu dans son usine de Sarreguemines (Moselle), ce qu’il avait refusé. Finalement, trois jours avant l’audience devant les prud’hommes, la direction faisait savoir que l’ancien leader pouvait devenir agent de sécurité sur le site de Clairoix pourtant fermé depuis 2009. «C’est de la fumisterie! s’emporte-t-il. On sait bien que l’usine a été vendue…»

Du bombers syndical au costume cravate

«Fumisterie» ou pas, l’histoire de Xavier Mathieu illustre les difficultés qu’ont les anciens leaders syndicaux à se réinsérer après un conflit social. Farid Ramou en sait quelque chose. Après être monté sur des bidons pour haranguer ses camarades de Metaleurop (Pas-de-Calais) en 2003, on lui a fait comprendre que son reclassement serait «compliqué».

«Finalement, ça a été l’inverse, confie-t-il dix ans plus tard. A force de passer au JT, j’ai tapé dans l’œil du patron de Sita [l’entreprise choisie pour dépolluer le site Metaleurop]. Il m’a proposé un poste car il pensait que j’avais un potentiel de meneur d’hommes.» Le PDG ne s’était pas trompé. Farid Ramou a aujourd’hui troqué son bombers pour un costume cravate de cadre dans l’entreprise. «Cela fait trois ans qu’on n’a plus de nouvelles, lâche, amer, un de ses anciens collègues fondeurs. Cette expérience l’a changé. Il a pris la grosse tête…»

«Le mal était fait depuis longtemps»

Ce n’est pas ce qui risque d’arriver à Jean-Pierre Mercier. Leader CGT chez PSA au moment de la crise à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), lui ne s’est jamais fait d’illusions. «Engagé à la CGT et à Lutte ouvrière, le mal était fait depuis longtemps, rigole-t-il. J’ai tout de même bénéficié d’un congé de reclassement dans l’usine de Poissy (Yvelines). Mais la direction ne me fera pas de cadeaux. A la première occasion, elle n’hésitera pas à me virer!»

 

Xavier Mathieu, lui, reste confiant en attendant la décision du conseil de prud’hommes. Tout en gardant en tête une question sans réponse : «Pourquoi envoie-t-on les CRS pour libérer les patrons séquestrés et personne pour faire appliquer la décision de justice concernant mon reclassement?»