Paris: La diminution de la vitesse sur le périph est-elle vraiment efficace?

Jérôme Comin
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Les panneaux de vitesse maximale ont commencé à être changé le 7 janvier 2014 sur le périphérique parisien.
Les panneaux de vitesse maximale ont commencé à être changé le 7 janvier 2014 sur le périphérique parisien. — WITT/SIPA

Bien mais peut mieux faire? Alors que le périphérique parisien verra sa vitesse maximum passer de 80 à 70 km/h dans la nuit de jeudi à vendredi, de nombreux experts s’interrogent sur la réelle efficacité de cette mesure.

Pollution. La Mairie de Paris affirme qu’en réduisant la vitesse de 10km/h «cela entraînera une baisse de 5% des polluants atmosphériques selon des études de l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe)». L’institut estime toutefois de son côté qu’une «évaluation a posteriori» pour mesurer les effets réels de la mesure sera nécessaire. Même son de cloche du côté d’Airparif, qui surveille la qualité de l'air en Ile-de-France. «La limitation de la vitesse aura un effet d'abord pour les automobilistes, qui sont les premiers concernés par la pollution, et pour les gens vivant près du périphérique. Mais à l'échelle de la région parisienne, cela n'aura pas un grand effet.» «Il faut savoir qu’une baisse de 10 km/h de la vitesse entraîne certes une réduction des émissions de CO2 mais augmente dans le même temps la production de benzène, tacle Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes. Donc au final, on n’a aucune amélioration.»

Sécurité. «La certitude que nous avons tous, c’est que cela fera baisser le nombre de blessés et de tués sur le périphérique, affirmait lundi Bertrand Delanoë lors de ses vœux au Conseil de Paris. Alors, contestez, mais s’il y a moins de blessés et moins de tués sur le périphérique grâce à une baisse de la vitesse, je prends, j’assume, je revendique.» «En termes d’accidentologie, la vitesse moyenne sur le périph étant de 30 km/h, les accidents liés à la vitesse sont quasi-nuls et au pire, ce n’est qu’un peu de tôle froissée», souffle Pierre Chasseray. Pourtant, la Mairie estime qu’en passant à 70 km/h cela devrait permettre une baisse de 23% du nombre d’accidents, notamment de nuit, et une réduction de près de 65% du nombre de blessés graves et de tués.

Bruit. Autre vertu d’une baisse de 10 km/h de la vitesse maximum, la réduction du bruit dont souffrent les quelque 100.000 riverains qui vivent à proximité du périphérique. Une réduction de 1,2 à 1,7 décibel est ainsi attendue, «ce qui équivaut à une diminution du trafic de 15 à 20%», assure la Mairie de Paris. Insuffisant pour Christophe Najdovski, candidat EELV aux municipales qui prône lui, en plus d’une interdiction des poids-lourds et la pose d’un revêtement antibruit, une limitation à 50km/h de 22h à 7h. «On pourrait ainsi réduire de 68% la part de personnes exposées à un bruit excédant la valeur limite autorisée (62 décibels).» Un constat partagé par Bruitparif qui plaide aussi pour une vitesse maximale de 50km/h. «L’avenir dira s’il faut un jour aller plus loin, tempère Julien Bargeton, adjoint au maire de Paris chargé des déplacements et des transports. On s’inscrit aujourd’hui dans un mouvement cohérent et responsable qui contribue à une amélioration, même minime, de la situation.  Le mieux est parfois l’ennemi du bien.»