«Ma fille de 14 ans s’est fait alpaguer sur son blog par un prédateur sexuel…»

Vincent Vantighem

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Une adolescente surfant sur Internet.
Une adolescente surfant sur Internet. — INNAMORATI/SINTESI/SIPA/SINTESI/SIPA

Au début, Françoise* pensait simplement que sa fille avait un petit copain et qu’elle ne voulait pas lui en parler. Timide, l’adolescente de 14 ans passait des heures dans sa chambre, scotchée au téléphone. «Quand elle m’a enfin annoncé qu’il avait 25 ans, qu’elle l’avait rencontré sur Internet et qu’il allait venir la chercher, je suis tombée des nues», raconte cette infirmière. Si Françoise ne s’est rendue compte de la gravité de la situation qu’il y a trois semaines, les faits remontent au mois de septembre.

Le téléphone sous la couette

A l’époque, Melissa*, sa fille, est un peu perturbée par la séparation de ses parents. Soucieuse de jouer l’apaisement, sa mère l’autorise donc à ouvrir un blog sur ses deux passions: la science-fiction et Justin Bieber. Mais le jeune homme qui la contacte n’est fan ni des films de Michael Bay ni du chanteur de «Baby». Après quelques échanges, Melissa consent tout de même à lui communiquer son numéro de téléphone portable. «Il a alors commencé à lui envoyer des dizaines de messages. Il l’appelait ‘’ma chérie’’ et lui disait qu’il était enfin content d’avoir rencontré la perfection sur Terre», poursuit sa mère.

Complètement sous l’emprise, l’adolescente cache la vérité à sa mère. Garde son téléphone sous sa couette pour échanger des textos tard le soir. Et échafaude même des plans pour rencontrer son interlocuteur. «Quand j’ai enfin remonté le fil, j’ai découvert qu’ils avaient consulté les horaires de train pour qu’elle le rejoigne», poursuit sa mère, encore effrayée.

«Le web, c’est le sang qui coule dans leurs veines»

Derrière l’avatar de ce jeune homme se cache sans doute l’un des 750.000 prédateurs sexuels qui parcourent la toile à travers le monde, selon un rapport de l’ONU datant de 2009. Démunie, Françoise a contacté, lundi, l’association Innocence en danger qui a justement lancé, ce mardi, une campagne nationale de prévention à destination des parents.

>> Lire notre article sur la campagne de prévention

«Le téléphone et l’ordinateur, c’est le sang qui coule dans les veines des ados, poursuit Françoise. Et moi je n’ai rien vu venir…» Désolée, la maman a tout de même adopté la bonne attitude en se rendant directement à la gendarmerie le week-end dernier. «Mais là, l’officier m’a dit qu’il ne pouvait rien faire car ce jeune n’avait proféré aucune menace contre ma fille. Pourtant, il m’a bien dit qu’elle était en danger…» D’autant, qu’en plusieurs mois de messages, Melissa a eu le temps de donner son adresse et même le numéro de son petit-frère de douze ans…

Ce mardi matin, Françoise a confisqué le téléphone de ses deux enfants. Et elle a prévu d’appeler elle-même le jeune homme en question pour «s’expliquer» avec lui. Quant à sa fille? «J’ai passé une nuit à faire des recherches. Je vais donc lui dire que j’ai découvert qu’il était inscrit sur trois autres sites de rencontres, dont un qui concerne les très très jeunes», conclut Françoise.

*Les prénoms ont été changés