Dieudonné: «Quand on le découvre aujourd'hui, on ne peut que s'offusquer»

TÉMOIGNAGES es fans de Dieudonné sont-ils prêts à tout entendre avant de le lâcher? Nous avons interrogé les internautes de «20 Minutes»...

Christine Laemmel

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JOEL SAGET / AFP

Sur la corde de l’humour borderline depuis plus de dix ans, Dieudonné fait une entrée fracassante dans l’année 2014. Provocateur antisystème pour les uns, d’autres le jugent antisémite, à commencer par le gouvernement qui entend faire interdire son spectacle. Dieudonné a-t-il définitivement glissé du côté plus du tout drôle du numéro de «m’as-tu vu»? Thibault, Julien et d’autres internautes, sont fans de «Dieudo», humoriste. Certains peut-être plus pour longtemps. 

«Quand on le découvre aujourd'hui, on ne peut que s’offusquer», nous dit Thibault, 28 ans. Lui, le «connaît depuis dix ans». Et comme un vieil ami que l’on ne comprend plus vraiment, Thibault est attaché, mais aussi très amer. Il se souvient des débuts de Dieudonné, «quand il n’était pas entouré de certaines personnes», puis enchaîne rapidement sur son «combat contre les juifs», qui «rentre par une oreille et sort par l’autre», ses vidéos hebdomadaires sur YouTube, «des règlements de comptes un peu ridicules».

«J’arrive toujours à rire de ses spectacles, lâche-t-il dans une formule quasi défaitiste, ça me fait presque culpabiliser de le dire (…) mais quand il dit qu’entre les nazis et les juifs, il est neutre (dans sa vidéo du 1er janvier 2014), ça me dérange (…) J’aurais aimé qu’il reste l’humoriste qu’il était, pas qu’il devienne politique.»

«Il a fait de l’antisionisme son fonds de commerce»

«Corrosif», oui peut-être, mais une autre internaute défend bec et ongles le ton Dieudo, «une volonté de dire à tous, selon elle, "nous sommes là, nous vivons, passons à autre chose et rions pour nous y aider".» En 2011, cette internaute perd sa mère d’un cancer, peu de temps avant de voir en live le sketch sur cette maladie. «Mes larmes de tristesse se mêlaient à mes rires, se souvient-elle, et vous ne savez pas à quel point cela m'a fait du bien.»

«Extrême provocation ou pas», Dieudonné a fait de l'antisionisme voire de l’antisémitisme «son fonds de commerce, assure Thibault, il est rentré à fond dedans». A un point tel que quand l’humoriste persiste dans sa revendication, «antisioniste mais pas antisémite», cet internaute a désormais «du mal à le croire». 

Pour Julien, internaute suisse de 35 ans, c’est «l’histoire de la quenelle qui commence à faire beaucoup». Lui-même «quenelleur» sur une photo de 2008, après un passage de l’humoriste à Nyon, regrette que ce geste, «clairement antisystème quand on connaît ses spectacles», ne soit plus réservé à «un petit comité de connaisseurs».

«Si on le censure, il portera plainte contre tous les humoristes»

Sur scène, plusieurs fois, en vidéos le reste du temps, Thibault, comme Julien et les autres n’ont raté aucun de ses spectacles. «Le dernier est celui que j’ai le moins aimé, juge Thibault, il parle de plus en plus des Juifs, mais j’ai quand même envie de me faire mon propre avis.» Le doute profite à Dieudonné. Si celui-ci est levé, un jour, le soutien ne sera plus aussi évident. «Ça me ferait chier, râle Julien, ça me mettrait un bon coup sur la tête.» Thibault, sans hésitation ne «le regarderait plus. Comment pourrais-je continuer?»

Mais même si Dieudonné «va trop loin», que ce soit déjà le cas ou pas, pas question pour autant d’interdire ses représentations. «S’il est antisémite, il faut le condamner devant la justice, estime Thibault. Si on le censure, tous les humoristes devront faire attention à leurs blagues et il sera le premier, suivi des milliers de personnes qui le soutiennent, à porter plainte à tout va.» Ce serait «peine perdue» de l’avis de Julien aussi, pour qui Dieudonné «trouvera toujours un moyen de se produire», citant ses performances dans un bus en 2008. Début février, Dieudonné doit d’ailleurs se produire à Nyon. Et Julien ne ratera pas le rendez-vous. Dans une salle ou assis au fond d’un bus.