Ski alpin: Le port du casque doit-il être rendu obligatoire?

Bertrand de Volontat
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Le skieur français Alexis Pinturault, le 15 février 2013 à Schladming
Le skieur français Alexis Pinturault, le 15 février 2013 à Schladming — Luca Bruno/AP/SIPA

L’accident de Michael Schumacher relance le débat sur le port du casque sur les pistes de ski? S’il n’en avait pas porté un, -le casque s’est brisé en deux sous la violence du choc- le champion de Formule 1 n’aurait sans doute pas survécu jusqu’à l’hôpital, assure l’un de ses médecins du CHU de Grenoble. Premier rempart contre les chocs, le casque peine pourtant à se faire adopter en France, où il n’est pas obligatoire.

«Nous préconisons le port du casque, explique le docteur Jean-Baptiste Delay, président de l’association Médecins de Montagne, interrogé par 20 Minutes. Mais nous ne pouvons pas le rendre obligatoire, les Français doivent se responsabiliser seuls. C’est un sport à risque.»

L’importance démontrée du port du casque

Aussi les skis permettent d’aller de plus en plus vite, les pistes sont plus larges, les gens prennent confiance et accélèrent. Le port du casque devient un accessoire logique dans cette dynamique. «Nous constatons une augmentation des collisions entre les skieurs», relève Jean-Baptiste Delay.

Sur 7,7 millions de pratiquants qui arpentent les stations, en France chaque année, 140.000 se blessent sur les pistes. 3,3% sont victimes d'un traumatisme crânien. En réduisant d'un tiers les risques de traumatisme crânien, le port d'un casque apparaît comme essentiel.

Les jeunes davantage protégés

Chez le jeune public, le risque d'être victime d'un tel traumatisme lors d'une collision est trois fois plus important. C’est pour ça qu’aujourd’hui 97% des enfants portent un casque, selon l’association Médecins de Montagne. Un chiffre que n’était que de 15% en 1995, selon le ministère de la Jeunesse et des Sports. En Autriche, Italie, États-Unis, Canada et Espagne, le port du casque est obligatoire pour les enfants de 14 ans et moins.

La fracture est en réalité générationnelle avec 37% des adultes seulement «mais en nette progression», selon l’association Médecins de Montagne. Preuve aussi que les plus âgés considèrent qu’un bon niveau de ski suffit à se passer du casque. «Les moniteurs devraient montrer l’exemple pour le médecin. Mais comme ils affirment ne pas tomber, alors ils n’en ont pas besoin», ironise-t-il.

Des vendeurs qui poussent dans la bonne direction

Les vendeurs de casques témoignent toutefois d'une modification profonde des mentalités chez l'adulte, où l'on observe un taux d'équipement croissant chaque année. Le casque devenant même un accessoire de mode. D’ailleurs, inutile de monter dans les gammes pour protéger sa tête. Les normes sont les mêmes pour les casques, que l’on dépense 20 ou 450 euros pour les modèles haut-de-gamme.

Un prix accessible qui pourrait aider le consommateur à se sentir concerné si les casques bas-de-gamme ne ressemblaient pas à des protections de VTT. «Nous avons déjà fait des campagnes de prévention.», affirme le médecin de montagne. En 2013, la sénatrice du Haut-Rhin, Patricia Schillinger, a attiré l'attention de la ministre des Sports sur les accidents liés à la pratique du ski. Le ministère a dit préférer privilégier une approche préventive, «souhaitée par de nombreux acteurs de la montagne». En 2007 déjà, un député avait présenté une proposition de loi pour rendre obligatoire le port d’un casque pour la pratique des sports de glisse pour les enfants de 11 ans ou moins.

Contacté par 20 Minutes, Intersport, Sport 2000 et Go Sport n’ont pas donné suite sur les chiffres des ventes de casques de ski.