Emprisonné à la place d'un homonyme, il obtient 45.000 euros en guise de réparation

JUSTICE Mohamed Camara avait fait cinq mois de prison à la place d'un violeur récidiviste qui portait le même nom que lui...

Vincent Vantighem

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Mohamed Camara défendu par Maitre Frédéric Berna avocat dans une affaire d'homonyme. Nancy, FRANCE -15/11/2013
Mohamed Camara défendu par Maitre Frédéric Berna avocat dans une affaire d'homonyme. Nancy, FRANCE -15/11/2013 — P. Emile / Sipa pour 20 Minutes

Emprisonné pendant cinq mois à la place d’un homonyme, Mohamed Camara a obtenu, ce lundi, 45.000 euros en guise de réparation, d’après les informations que 20 Minutes a obtenues auprès de la cour d’appel de Paris. Lors de l’audience, le 18 novembre 2013, cet homme, âgé aujourd’hui de 40 ans, avait réclamé 180.000 euros, expliquant que sa vie était «ruinée». La cour d'appel de Paris lui a accordé 30.000 euros au titre de préjudice moral et 15.000 euros au titre du préjudice matériel.

Les faits remontent à l'année 2001. A l'époque, Mohamed Camara se fait contrôler par des policiers belges dans le train Paris-Bruxelles. Alors qu'il pense à un simple contrôle d'identité, celui qui n'est encore qu'un simple étudiant tombe des nues quand les policiers lui disent qu'il est visé par un mandat d'arrêt européen. «Ils m'ont passé les menottes et m'ont dit qu'ils devaient m'emmener en cellule...», racontait-il à 20 Minutes, peu avant l'audience.

«Une affaire effarante de connerie»

Le véritable homme visé par ce mandat vient, en fait, d’être condamné par contumace à vingt ans de prison pour le viol de deux enfants. Lui aussi s’appelle Mohamed Camara. Et comme son homonyme, il est né en 1973 à Conakry (Guinée)… Cinq mois de prison plus tard, Mohamed Camara parvient enfin à faire admettre son innocence aux autorités à l’issue d’une confrontation avec les victimes qui… ne le reconnaissent pas.

«Cette affaire est effarante de connerie, s’emportait en novembre dernier Frédéric Berna, son avocat. Les autorités disposaient de l’ADN du violeur. Il suffisait de comparer avec celui de mon client. Mais personne n’a jugé utile de vérifier. On a juste regardé sa carte d’identité. Nom, prénom, pays et année de naissance: cela a suffi à ruiner sa vie…»

Il erre de foyer en foyer

Car, brillant étudiant en sciences sociales, Mohamed Camara s’apprêtait à passer les examens de son Master 2 à Nantes (Loire-Atlantique) quand il a été arrêté. «Je suis allé en prison et je n’ai jamais pu finir mes études, lâche-t-il, amer. Maintenant, je souffre de troubles psychiatriques.» Dix ans après les faits, celui qui est aujourd’hui âgé de 40 ans erre ainsi de foyer en foyer sans travail.

Contacté par 20 Minutes, Frédéric Berna, l'avocat de Mohamed Camara avoue être «très mitigé» par ce jugement. «Cette indemnisation représente quatre fois plus que ce que l'on nous avait proposé à l'origine. Mais quatre fois moins que le montant que nous avions sollicité, confie-t-il. Aux Etats-Unis, cela se chiffrerait en dizaine de millions de dollars...»

L'avocat qui doit désormais prévenir son client n'exclut pas de déposer un recours devant une commission spécifique de la Cour de cassation.