La séparation entre hommes et femmes fait polémique à la Mosquée de Paris

J. C.

— 

La grande mosquée de Paris située dans le 5e arrondissement de la capitale.
La grande mosquée de Paris située dans le 5e arrondissement de la capitale. — ALFRED/SIPA

«Le déplacement des femmes est injustifié, nous voulons discuter de cette décision.» Hanane Karimi, porte-parole d’un collectif de musulmanes, ne digère pas la mesure prise par la Grande Mosquée de Paris de séparer les hommes et les femmes lors de la prière. C’est une «décision arbitraire de reléguer» les femmes «au sous-sol» de ce lieu de culte, affirme-t-elle. Cette disposition a été décidée il y a plusieurs semaines «devant l'affluence croissante de fidèles», d'après un communiqué de l'institution.

Altercation ce week-end

Les femmes priaient jusqu'alors dans la grande salle commune derrière un rideau les séparant des hommes puisque la tradition musulmane interdit aux fidèles des deux sexes de se mélanger. Aujourd’hui, elles doivent se rendre dans un espace tapissé de moquette, aux murs recouverts de carreaux de faïence mais dénué de fenêtres, situé sous la salle de prière principale.

Et l’affaire s’est envenimée samedi dernier quand une douzaine de femmes ont tenté d'accéder à la principale salle de prière et en ont été empêchées par la sécurité et des fidèles. Selon Hanane Karimi, elles ont à cette occasion été «victimes d'un déchaînement de violence».

«Mes clientes ont d'abord écrit, fin novembre, une lettre au recteur de la Grande Mosquée, pour qu'il leur permette de prier à nouveau là où elles le faisaient depuis des années, explique Me Hosni Maati, avocat du collectif de femmes dans le Figaro de vendredi. Sans réponse, elles ont décidé samedi après-midi de pénétrer dans cette salle: il n'y avait que deux rangées d'hommes! Malgré cela, elles ont été violemment prises à partie. L'un de leurs accompagnateurs a été blessé, ce qui lui a valu un jour d'interruption temporaire de travail (ITT). Je travaille donc sur une plainte pour injures, coups et blessures, et éventuellement discrimination.»

Un «groupuscule d’activistes féministes islamistes»

Du côté de la Grande Mosquée de Paris, on se défend en expliquant qu’il s’agit d’un «groupuscule de six ou sept activistes féministes islamistes, inconnues des fidèles réguliers» et qu’elles n'ont pas été «battues»  mais «gentiment priées de sortir», indique l’institution au Figaro. La police a été appelée en renfort.

«La mosquée permet aux fidèles de prier dans le calme, ce n'est pas un lieu de polémique et de discorde», a réagi Abdallah Zekri, président de l'Observatoire national contre l'islamophobie, avant de condamner «ces activistes, leurs propos et le fait de vouloir faire du forcing dans la salle de prière». Il a même qualifié les actions de ce groupe de musulmanes de «campagne téléguidée par certaines extrémistes».

«Mes clientes ne revendiquent pas la grande salle le vendredi, mais seulement pour les 34 autres prières obligatoires de la semaine, détaille Me Hosni Maati. Elles posent la question de la place de la femme dans les mosquées: certains pensent que le meilleur endroit pour prier, pour une femme, est à la maison, d'autres, derrière un rideau…»