Marqué par la variole, Robespierre souffrait probablement aussi de sarcoïdose

HISTOIRE Selon un diagnostic rétrospectif...

avec AFP

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Présentation chez Visualforensi de la reconstitution 3D du visage de Robespierre, le 11 octobre 2013.
Présentation chez Visualforensi de la reconstitution 3D du visage de Robespierre, le 11 octobre 2013. — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Robespierre, figure controversée de la Révolution française qui portait sur le visage des cicatrices de la variole, était sans doute aussi atteint d'une autre maladie, la sarcoïdose diffuse, selon un diagnostic rétrospectif proposé par le légiste Philippe Charlier.

Cette maladie expliquerait «la fatigue permanente, l'asthénie, dont a pu souffrir Robespierre, qui était dans les derniers mois de sa vie au bord de l'épuisement», a affirmé à l'AFP le Dr Charlier, spécialiste des énigmes historiques.

Aucun doute n'est permis sur les causes de la mort de celui qui fut surnommé «l'incorruptible» et instaura «la Grande Terreur»: après avoir envoyé maintes de ses concitoyens à l'échafaud, il fut lui-même guillotiné le 28 juillet 1794, 10 Thermidor de l'An II, à l'âge de 36 ans.

Mais le Dr Charlier (Laboratoire d'anthropologie médicale et médico-légale de l'Université Versailles Saint-Quentin, près de Paris), s'est efforcé de reconstituer le dossier médical de Maximilien de Robespierre.

Atteinte ophtalmologique et cutanée

Il s'est appuyé à la fois sur des témoignages de ses contemporains et sur l'examen «attentif» de deux masques mortuaires, l'un conservé au Musée Granet, à Aix-en-Provence, l'autre au Muséum d'Histoire naturelle, à Paris.

C'est l'exemplaire d'Aix-en-Provence, qui a servi de base à la reconstitution faciale en 3D réalisée par l'infographiste Philippe Froesch (Visual Forensic, Barcelone), coauteur avec Philippe Charlier de la «correspondance» publiée vendredi par la revue médicale britannique The Lancet. Ce masque en plâtre aurait été moulé par une certaine Marie Grosholtz, devenue célèbre sous le nom de Madame Tussaud.

«Plusieurs signes cliniques ont été décrits par des contemporains», écrit le Dr Charlier, comme des saignements de nez. Selon lui, Robespierre «présente quasiment tous les signes d'une sarcoïdose diffuse: une atteinte ophtalmologique, cutanée, à la fois au niveau des jambes et au niveau du visage, et également une atteinte des muqueuses respiratoires».

La sarcoïdose, appelée aussi maladie de Besnier-Boeck-Schaumann, est une maladie de cause inconnue qui peut toucher plusieurs organes. Elle est caractérisée par la formation d'amas de cellules, les «granulomes». «On n'a pas la prétention d'avoir un diagnostic de certitude, néanmoins c'est très, très, très fortement évocateur», souligne-t-il.

Une maladie décrite 80 ans plus tard

Le légiste reconnaît que la maladie n'est pas facile à diagnostiquer et précise avoir pris conseil auprès d'un spécialiste de médecine interne. D'autres pathologies possibles ont été envisagées, «à commencer par la lèpre et surtout la tuberculose, mais en l'occurrence, ça ne colle pas», poursuit-il.

Quant au médecin personnel de Robespierre, Joseph Souberbielle, il aurait eu bien du mal à reconnaître une sarcoïdose. La maladie n'a été décrite pour la première fois qu'en 1877, par un médecin britannique, Sir Jonathan Hutchinson. Selon le légiste, la maladie avait empiré entre 1790 et 1794.

«Le tableau clinique d'affaiblissement généralisé de Robespierre peut être mis à la fois sur le compte de l'engagement politique, avec les insomnies, le débordement d'activité de ce phénomène qu'était Robespierre, mais aussi sur le compte de cette maladie qui affaiblit et fatigue considérablement l'organisme», explique-t-il.

La sarcoïdose disparaît spontanément dans un grand nombre de cas, mais aujourd'hui, elle peut aussi être traitée par des corticoïdes ou des immunosuppresseurs. Pour Robespierre, c'était plutôt saignées et régime riche en vitamines, avec une sur-consommation d'oranges, d'après des témoignages collectés par le Dr Charlier.

Interrogé sur la réaction pour le moins agacée de Jean-Luc Mélenchon devant le visage modélisé de Robespierre, peu flatteur, le légiste assure que «ce portrait se veut réaliste, notamment sur le plan pathologique, et qu'il n'a aucune vocation à critiquer le personnage». «On ne peut pas s'intéresser à un personnage historique sans avoir une levée de boucliers à chaque fois», lance celui qui est à l'origine de l'authentification contestée de la tête d'Henri IV.