Anniversaire du Débarquement: Louis Castel, un soldat virtuel pour intéresser les jeunes à l’Histoire

HISTOIRE Soixante-dix ans après le Débarquement allié en Normandie, le Mémorial de Caen va faire vivre sur les réseaux sociaux un GI fictif...

Enora Ollivier

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Le compte Twitter du GI virtuel Louis Castel.
Le compte Twitter du GI virtuel Louis Castel. — Capture d'écran / Twitter

Il a 23 ans, aime le baseball, aller au cinéma avec ses amis, raconter sa vie sur sa page Facebook et son compte Twitter. Pourtant, Louis Castel n’est pas un jeune homme comme un autre: c’est un soldat, né en 1920, qui s’apprête à participer aux opérations du Débarquement en Normandie de juin 1944. Louis Castel n’existe pas vraiment. Ce personnage virtuel a été imaginé par le Mémorial de Caen qui, à partir de ce jeudi, va livrer sur les réseaux sociaux la vie de ce Français engagé dans l’armée américaine. 

«Ça fait deux ans que nous travaillons sur les événements de la commémoration des 70 ans du Débarquement», raconte Franck Moulin, directeur de la communication du Mémorial, qui a lui-même participé à l’élaboration du personnage et de son histoire. Et pour «intéresser les plus jeunes», l’idée est venue d’aller les chercher sur leur terrain: «les réseaux sociaux».

Le précédent Léon Vivien

Le Mémorial peut s’appuyer sur l’expérience du Musée de la grande guerre de Meaux, qui a créé cette année un Poilu virtuel, avec l’agence DDB. Avec des photos, des impressions sur la vie de tous les jours, des récits du front, l’établissement a raconté pendant un mois et demi -et avec 98 ans de décalage- le quotidien de Léon Vivien sur «sa» page Facebook, du déclenchement de la Première guerre mondiale à la mort du soldat, le 22 mai 1915/2013. Plus de 63.000 «like» pour un total de neuf millions d’internautes touchés par le profil de Léon: L’expérience a connu un succès tel que le Musée en a édité un livre, paru fin novembre.

Un exemple de publication de Léon Vivien, le 4 mai 1915/2013

 

 

«Les gens se sont vraiment approprié Léon», explique Michel Rouger, le directeur du Musée qui ne s’attendait pas «à un tel engouement». Pour lui, le média Facebook constitue «un mode narratif qui correspond à la nouvelle génération», davantage qu’un «documentaire de 90 minutes». «Des personnes nous ont dit "on n’aurait jamais ouvert un livre d'histoire mais on attendait chaque jour le post de Léon"». Bien sûr, «ça ne remplace pas les musées, ni les visites sur les champs de bataille, mais c’est une clé d'entrée pour emmener les jeunes sur ces terrains», selon Michel Rouger. D’après le Musée, 60% des «fans» de Léon Vivien sur Facebook avaient moins de 35 ans. Et la démarche a séduit des enseignants, qui s’en sont servis en classe pour évoquer le conflit.

Un «travail gigantesque»

La création de Léon a par ailleurs eu des effets inattendus. Il «a libéré la parole», raconte le directeur du Musée de la grande guerre, «des gens se sont servis de la page Facebook pour partager leur histoire familiale». Ce n’est donc pas parce que ces personnages ne «vivent» que sur les réseaux sociaux qu’ils produisent du futile.

Ainsi, créer Louis Castel a demandé «un travail gigantesque», explique Franck Moulin alors que le Mémorial de Caen planche sur le sujet depuis «environ sept mois», avec le concours de Ouest France, France Bleu et France 3. Car si le soldat est virtuel «tout ce qui lui arrive peut être vrai». Il a fallu «établir un discours scientifique qui a été validé par des historiens» et «produire une histoire romanesque» pour «faire vivre» le jeune homme, avec ses amis, ses amours. C’est donc parti pour six mois d’aventures avec le «boy» Louis Castel.