Euthanasie: Tout comprendre sur l’avis préconisant le suicide assisté

Vincent Vantighem

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Images tirées d'une campagne en faveur de l'euthanasie de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité  (ADMD).
Images tirées d'une campagne en faveur de l'euthanasie de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). — ADMD

Jean-Luc Romero a dû relire l’avis à plusieurs reprises pour en être sûr. Président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), l’homme politique a vécu tellement de déconvenues dans sa vie associative qu’il aurait presque dû se pincer pour y croire. Mais ce lundi matin, un jury citoyen chargé de réfléchir à la question de la fin de vie a bien préconisé de légaliser le suicide assisté en France et d’autoriser l’euthanasie dans certains cas. 20 Minutes fait le point sur ces propositions.

>> Les Faits. Retrouvez notre article sur l'avis du jury citoyen

Pourquoi le jury préconise-t-il la légalisation du suicide assisté?

C’est sans doute l’avis le plus fort de cette conférence citoyenne. «La possibilité de se suicider par assistance médicale comme l'aide au suicide constitue, à nos yeux, un droit légitime du patient en fin de vie ou souffrant d'une pathologie irréversible, reposant avant tout sur son consentement éclairé et sa pleine conscience», peut-on ainsi lire dans l’avis qui préconise donc de voter une loi qui, comme en Suisse, permet cette «solution finale».

Que dit le jury au sujet de l’euthanasie?

Alors qu’il est très libéral sur le suicide assisté, le jury est plus frileux sur le terme même d’euthanasie. Il s’oppose ainsi à une inscription du mot euthanasie dans la loi sur la fin de vie, estimant que «les mesures contenues dans la loi Leonetti de 2005, les avancées en matière de soins palliatifs permettent d’écarter l’euthanasie comme solution pour la fin de vie.» Pour autant, il préconise des «exceptions d’euthanasie»…

De quelles exceptions pourrait-il s’agir?

C’est toute la subtilité de l’avis rendu par ce jury citoyen. Les 18 Français qui ont planché sur cet avis se déclarent favorables à une «exception d’euthanasie» envisageable «dans des cas particuliers ne pouvant entrer dans le cadre du suicide assisté» comme lorsque «le consentement direct du patient ne peut pas être recueilli». Président de l’ADMD, Jean-Luc Romero en a fait sa propre lecture: «Cela veut dire que les patients qui ne sont pas capables de se suicider pourront bénéficier de l’euthanasie», se félicite-t-il.

Comment ces «exceptions» pourraient-elles être mises en place?

«Ces cas strictement encadrés seront laissés à l'appréciation collégiale d'une commission locale qu'il conviendra de mettre en place», précisent-ils.

Qui se cache derrière ce jury citoyen?

En juin dernier, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) avait rendu un avis négatif au sujet de la légalisation de l’euthanasie. François Hollande avait alors demandé au CCNE de poursuivre sa réflexion en mettant en place une conférence citoyenne. Avec l’aide de l’institut Ipsos, le CCNE a donc sélectionné 18 Français lambda, représentatifs de la société, afin de plancher sur le sujet.

Ils se sont réunis tous les week-ends depuis un mois afin d’entendre les experts, de discuter ensemble et de rédiger leur avis. «Leurs noms ainsi que le lieu où ils se réunissent seront tenus secrets, avait précisé à 20 Minutes Jean-Claude Ameisen, le président du CCNE. Afin qu’ils ne soient pas soumis à la pression populaire.»

Que va faire le gouvernement de cet avis?

Alors que 9 Français sur 10 sont favorables à une loi autorisant l’euthanasie, le gouvernement a promis une loi sur le sujet pour 2014. Proposition de campagne numéro 21 de François Hollande, cette réforme de la fin de vie devait, à l’origine, voir le jour en 2013. Interviewée par 20 Minutes le 31 octobre, Marie Humbert n’hésitait pas à critiquer vertement l’inertie du gouvernement: «L’Inspection générale des affaires sociales, l’Observatoire de la fin de vie, le rapport Leonetti, la mission Sicard… Vous croyez qu’on n’a pas assez de rapport sur la question? Les hommes politiques se cachent derrière des conseils, des comités. La vérité, c’est qu’ils manquent de courage. Dans ce gouvernement, personne n’est honnête. C’est une hypocrisie totale.» François Hollande a désormais toutes les cartes en mains pour lui donner tort.