Permis Internet: «Avant, je répondais à des messages de gens que je ne connaissais pas»

Delphine Bancaud

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Richard Brandon, gendarme de la brigade de prévention de la délinquance juvénile de la compagnie de Corbeil-Essonnes et Valérie Nain, maitresse lors de la remise des premiers permis Internet à Mennecy (Essonne).
Richard Brandon, gendarme de la brigade de prévention de la délinquance juvénile de la compagnie de Corbeil-Essonnes et Valérie Nain, maitresse lors de la remise des premiers permis Internet à Mennecy (Essonne). — EGC&Associés

Ce jeudi, on entendrait une mouche volée dans la classe de CM2 de l'école Colline de  Verville à Mennecy (Essonne). Il faut dire que l’instant est solennel pour les élèves: c’est aujourd’hui qu’ils vont recevoir leur permis Internet qui validera leur formation de trois heures aux risques d'Internet. Lancé en même temps dans 38 départements, ce programme pédagogique destiné aux enfants de 9 à 11 ans est orchestré par la gendarmerie et AXA Prévention. Il sera étendu à toute la France, à compter de janvier 2014 et permettra de former 450.000 enfants, soit 60% d'une classe d'âge.

Pour l’heure, les élèves de CM2 examinent les réponses au questionnaire qui a permis d’évaluer leurs connaissances, en compagnie de Richard Brandon, gendarme de la brigade de prévention de la délinquance juvénile de la compagnie de Corbeil-Essonnes. «Vos parents doivent-ils connaître vos pseudos et vos mots de passe sur les sites que vous fréquentez ou est-ce que cela fait partie de votre vie privée?», interroge le gendarme. «Ils doivent les avoir pour vérifier ce que l’on fait sur Internet et avec qui l’on discute», répond un élève. «Et si un enfant avec qui tu discutes depuis des mois sur Internet demande à te rencontrer, que fais-tu?», poursuite Richard Brandon. «Comme on ne le voit pas, c'est peut-être un adulte qui nous veut du mal, donc il ne faut pas lui répondre», affirme Juliette. «Et pourquoi devez-vous respecter les autres sur Internet?», lance le gendarme. «Parce qu’on peut blesser quelqu’un», affirme Maxime. «Et aussi parce qu’on peut être puni», ajoute son camarade. «Oui, vous pouvez être puni par la loi par exemple si vous insultez de manière répétée une personne sur Internet», ajoute le gendarme.

«Quand on leur a parlé du cyber harcèlement et l’usurpation d’identité, ils étaient très étonnés»

Une séance de ping-pong verbal qui montre que les enfants ont bien intégré les principes du Code Internet posé sur leur bureau, ce que confirme leur maîtresse, Valérie Nain, qui a dispensé la formation: «Quand on leur a parlé du cyber harcèlement et l’usurpation d’identité, ils étaient très étonnés. Ils ne s’imaginaient pas tous les dangers d’Internet. Mais en regardant des témoignages d’enfants qui se sont fait piéger, ils ont compris que cela pouvait leur arriver aussi et ils ont été très attentifs à tous les conseils». Richard Brandon acquiesce: «Ils ont très bien compris les traces numériques qu’ils pouvaient laisser sur la Toile. C’est important de les responsabiliser avant leur entrée en 6ème car on sait que leur usage des nouvelles technologies évolue avec l’âge». En effet, si 38% des élèves de CM2 se connectent tous les jours au Web, ils sont 54% à le faire en 6ème*.

Quelques instants plus tard, les élèves se rendent dans le préau et reçoivent leur permis Internet, ravis de se faire photographier avec. La formation semble avoir déjà porté ses fruits sur plusieurs d’entre eux qui ont changé de comportement sur le Web. «Avant, j'allais sur Internet sans en parler à mes parents, depuis je leur demande», explique Maxime, tandis que Juliette annonce avoir modifié son mot de passe et ses pseudos. «Maintenant, je réfléchis plus avant d’aller sur certains sites», ajoute Sadki. «Avant, je répondais à des messages de gens que je ne connaissais pas sur des sites de jeux, mais depuis la formation, j’ai arrêté. Et je reste moins sur Internet qu’avant car j’ai compris que ça pouvait devenir une addiction», confie Enzo, qui brandit fièrement son permis Internet.

* Selon une étude Ifop Axa Prévention réalisée en juillet 2013