Stationnement: «Les places pour handicapés sont occupées par des valides trois fois sur quatre»

TÉMOIGNAGES icole, Mehdi, Jean-Marie, et d'autres internautes titulaires de la carte européenne de stationnement, rejouent pour nous une journée de calvaire au volant...

Christine Laemmel

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GILE/SIPA

Le Sénat a voté ce jeudi à l’unanimité en faveur d’une loi visant à rendre gratuit le stationnement des handicapés sur toutes les places, même les classiques, et ce, sans limite de durée. Une solution miracle? D’après les internautes interrogés, il va falloir en faire bien plus pour améliorer l’accessibilité des personnes handicapées en voiture. A commencer par changer les mentalités.

On se demanderait presque à quoi sert d’avoir une carte d’invalidité. Quand «trois fois sur quatre», la place est déjà prise, ou bloquée par une voiture en double file. Bien souvent par un conducteur et des passagers, tout à fait valides. On grimpe à «neuf fois sur dix» sur les parkings des aéroports parisiens que fréquente souvent Mehdi, avec «des gens qui chargent ou déchargent leur valise».

«Attendez, j’habite là moi»

Si les contrevenants sont encore sur place, c’est parti pour un festival de mauvaise foi. «Oh j’avais pas vu», se souvient Jean-Marie. Des excuses maladroites qui tournent à l’effronterie chez certains. «Attendez, j’habite là moi», lui aurait répondu le propriétaire d’un bar qui a pris l’habitude de se garer juste devant son établissement, sur la place bleue.

Pire, certains internautes racontent, effarés, comment ils voient parfois les pompiers, policiers, ambulanciers, stationner sereinement sur ces emplacements. Pas surprenant alors que Michel, dont l’épouse est atteinte d’un sévère problème aux articulations, s’entende dire de la bouche des forces de l’ordre: «Ah oui, mais on ne peut rien faire, c’est comme ça.»

Quand ce n’est pas l’indiscipline des conducteurs, c’est tout simplement les pouvoirs publics qui compliquent le quotidien des personnes handicapées. Mehdi, qui marche avec une canne, se plaint des parcmètres, «rarement bien situés», des péages, où une «personne handicapée ne pourra pas ouvrir la porte ou se hisser jusqu’à la borne».

Etienne pourrait se réjouir. Près de chez lui, en Haute-Savoie, deux places devant un immeuble occupé par des cabinets de médecins, sont «toujours vides». Sauf que l’immeuble et les places sont «enfermés dans une zone piétonne protégée par des potelets, donc inaccessibles».

«Les handicapés, ça les emmerde»

Dans tous ces cas, seule option, soufflée par Jean-Marie: «Je fais le tour du pâté de maison, je me gare ailleurs». Dans l’espoir de trouver une place «classique» libre. Même chanceux, les conducteurs repartent pour un autre parcours du combattant. Sortir de la voiture.

«Je me contorsionne», nous dit Mehdi. Mise à part la «situation ridicule» dans laquelle il se retrouve quand il est par exemple obligé de sortir par la portière passager avec une jambe faible, l’exercice aggrave la douleur qu’il ressent en permanence à la cuisse. Pour s’extraire de la voiture, l’épouse de Michel a besoin d’ouvrir entièrement la portière passager. Michel erre donc à la recherche d’un espace suffisamment isolé et large. Aide son épouse à aller jusqu’au fauteuil qu’il a préalablement déplié, puis la laisse, et repart se garer. «Vous sortez votre fauteuil et là une voiture démarre, raconte Jean-Marie, et vous avez le pare-chocs sur les genoux.»

Au supermarché, Nicole doit «traverser le parking pour aller chercher un caddie» sur son fauteuil, bombonne d’oxygène sur les bras. «Les choses anodines ne le sont pas pour un handicapé, explique Mehdi, et toutes ces petites choses sont importantes pour le moral». Chaque geste devient une épreuve. Et ni les pouvoirs publics ni les ingénieurs «qui n’ont jamais étudié le problème des handicapés» fustige Michel, ni les valides, ne contribuent à les alléger. «Les handicapés, ça les emmerde, lâche ce Strasbourgeois. En France, c’est quelque chose qu’on n’aime pas.»