La libido ne prend jamais sa retraite

SEXUALITE Dans les maisons de retraite, le sexe reste un sujet tabou. Pourtant, le désir peut encore être là...

Audrey Chauvet

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Un couple de seniors.
Un couple de seniors. — PURESTOCK/SIPA

Difficile d’imaginer pépé draguer la petite nouvelle de la maison de retraite. Et pourtant: le désir et la sexualité ne sont pas des meubles que l’on laisse derrière soi en entrant dans un établissement pour personnes âgées. «Il n’y a aucune raison de penser que l’âge éteint le désir, estime le sexologue Jacques Waynberg. C’est un désir assagi mais qui peut permettre de maintenir son identité d’homme et de femme.»

Ne pas renoncer au plaisir

Parce que conserver une sexualité est aussi une manière de rester en vie, certains établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) adaptent leurs pratiques pour permettre à leurs pensionnaires de conserver une sphère intime et affective. Ainsi, dans les établissements gérés par le Sivu des Rives de l’Elorn, dans le Finistère, les personnels soignants ont été formés au respect du droit des personnes âgées à «avoir une vie sociale ou affective mais aussi à la liberté de sortir, de boire, de fumer, de regarder la télé jusqu’à 4h du mat’… Il y a certains plaisirs auxquels je ne voudrais personnellement pas renoncer, même à 85 ans!», explique Eric Seguin, le directeur général.

Pouvoir demander à ne pas être réveillé par les rondes de nuit ou accrocher une pancarte «ne pas déranger» à sa porte: autant de droits accordés aux pensionnaires qui «peuvent verbaliser, dans le projet de vie construit avec eux, le fait qu’ils renoncent à un certain nombre de processus de sécurité impactant leur vie intime», explique Eric Seguin, qui refuse que les familles ne voient dans une maison de retraite qu’une manière de se sécuriser elles-mêmes. Un pari risqué, mais qui marche: «Cette philosophie différente où la personne âgée est partie prenante de son intégration a fait bondir le nombre de demandes d’admissions dans nos établissements», se réjouit-il.

Un instinct de vie

Ce n’est pas pour autant que les maisons de retraite du Finistère sont devenues des lieux de débauche: «Sur 250 résidents, il n’y a que cinq couples dont certains ont leur conjoint à l’extérieur», chiffre Eric Seguin. «Les histoires d’amour existent, mais elles sont rares», confirme Philippe Pons, directeur de la résidence médicalisée «Les Ambassadeurs» à Paris. «On peut distinguer trois types de sexualité: le fantasme, qui touche plus les hommes et consiste à profiter de certaines occasions pour voir ou toucher certaines parties du corps des soignants, la tendresse, qui est la forme la plus courante quand deux personnes se rapprochent en établissement, et les rares histoires d’amour», explique-t-il.

Même s’il est souvent difficile d’expliquer aux enfants que leur parent a un «flirt» avec un autre pensionnaire, il est important de respecter l’intimité des couples qui se créent. «On a toujours du mal à imaginer nos parents ou nos grands-parents dans leur sexualité, poursuit Philippe Pons. Le temps et la communication des équipes quant aux retombées positives aussi bien sur le moral que sur la santé de cette nouvelle relation aident à accepter la situation.» Des psychologues peuvent aussi intervenir auprès des enfants lorsque des parents atteints d’Alzheimer ont oublié qu’ils avaient encore un conjoint à la maison… Mais l’important, c’est que l’estime de soi ravivée par ces liens sentimentaux permette aux seniors de conserver l’instinct vital de la sexualité et de l’amour: «Aimer et être aimé, ça dure jusqu’à la mort», estime Eric Seguin.

«On fait ce qu’on peut avec ce qui reste»

Comment prendre du plaisir quand le corps ne répond plus comme avant? Sans renoncer à la sexualité, il faut toutefois «limiter ses ambitions» sous peine d’être déçu. «On fait ce qu’on peut avec ce qui reste, explique le sexologue Jacques Waynberg. Il n’y aura peut être pas de pénétration mais des caresses et des orgasmes qu’on aura d’une autre manière qu’auparavant.»