Le travail salarié pénalise de plus en plus les étudiants

EDUCATION Selon une enquête menée par l'Observatoire de la vie étudiante (OVE) publiée ce mardi, 19% des étudiants exerçant une activité rémunérée estiment qu’elle a un impact négatif sur leurs résultats d’études…

Delphine Bancaud
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Photo d'illustration d'une soirée baby-sitting
Photo d'illustration d'une soirée baby-sitting — JAUBERT/SIPA

Ils sont de plus en plus nombreux à être obligés de travailler pour financer leurs études. Selon une enquête* menée par l'Observatoire de la vie étudiante (OVE) publiée ce mardi, 46% des étudiants travaillent et plus d’un sur d’eux (51%) déclare le faire par nécessité financière. Une réalité qui n’étonne pas William Martinet, vice-président de l’Unef: «Avec la crise et la flambée des prix de l’immobilier, les étudiants sont de plus en plus contraints à travailler».

Plus grave: selon l’OVE, 19% des étudiants exerçant une activité rémunérée estiment qu’elle a un impact négatif sur leurs résultats d’études, soit trois points de plus qu'en 2010. «D’après nos propres constatations, quand un jeune travaille plus de douze heures par semaine, il met en danger son cursus», souligne Julien Blanchet, président de la Fage. Car les étudiants salariés ratent certains cours ou TD qu’ils ont du mal à rattraper, ont moins de temps pour effectuer un travail personnel ou pour réviser leurs partiels.

Les littéraires, premières victimes

Selon l’OVE, c’est dans les filières universitaires de lettres et sciences humaines que les étudiants exercent le plus souvent une activité fortement concurrentielle aux études (24%). «C’est souvent la double peine, car ces étudiants choisissent initialement ces filières car la charge de travail y est moins importante que dans d’autres et qu’ils savent qu’ils pourront travailler en parallèle. Mais au final, leur emploi rémunéré finit par affecter leurs résultats», analyse William Martinet. La preuve en chiffre selon lui: «Si 38% des étudiants de la cohorte des bacheliers 2002 décrochaient leur licence en trois ans, 32% de ceux de la cohorte des bacheliers 2008 y parviennent».

Et le fait d’avoir un emploi rémunéré ne suffit pas toujours à assurer des conditions de vie agréables aux étudiants. Car selon l’étude de l’OVE, plus de la moitié des étudiants (54%) déclarent être confrontés à des difficultés financières. «On assiste à une paupérisation des étudiants en France depuis une dizaine d’années. Certains d’entre eux ont du mal à assouvir leurs besoins primaires, comme se nourrir ou se soigner», souligne Julien Blanchet. L'exercice d'une activité professionnelle a aussi un impact sur la santé: ainsi les étudiants qui exercent une activité jugée «fortement concurrentielle» à leurs études ressentent davantage que ceux qui ne travaillent pas les symptômes d'épuisement (44% contre 38%) et de déprime (60% contre 50%).

Une situation dont est consciente la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, qui a annoncé en juillet une revalorisation des bourses. Mais bien souvent leur montant ne suffit pas à permettre aux étudiants de se passer d’un job d’appoint. D’où l’insistance de certains syndicats, à l’instar de l’Unef, à réclamer la création d’une allocation d’autonomie pour les étudiants d’ici la fin du quinquennat.

*L'enquête a été menée entre le 18 mars et le 18 juin 2013 auprès de 41.000 étudiants.