Etudes et travail: «J’ai toujours peur de devoir lâcher mes études pour des raisons financières»

Delphine Bancaud

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Des offres de jobs saisonniers sont consultables toute l'année au Centre régional information jeunesse (Crij) de Nice.
Des offres de jobs saisonniers sont consultables toute l'année au Centre régional information jeunesse (Crij) de Nice. — A. SELVI / ARCHIVES ANP / 20 MINUTES

C’est une cause d’échec à l’université. Selon une étude de l’Observatoire de la vie étudiante parue ce mardi, 46% des étudiants travaillent pendant l’année universitaire et 20% d’entre eux estiment que cette activité a un impact négatif sur leurs résultats d’études. Une situation dont témoignent Romaric, Irving et Lara.

Romaric, 23 ans, en master 1 sciences de l’antiquité à Lille 3, cumule deux jobs pour vivre

«Mes semaines passent à tout de vitesse. Pas étonnant, car je cumule deux jobs en plus de mes études: je garde des enfants 15 heures par semaine et je travaille au sein du restaurant universitaire de ma fac 10 heures par semaine. Du coup, je gagne en moyenne 600 euros net par mois, auxquels s’ajoute une aide au logement de 221 euros. Et comme je suis boursier échelon 3, je suis exonéré des droits d’inscription à la fac et de la cotisation à la sécurité sociale. Malgré cela, mon budget est ultra serré car j’ai un loyer de 542 euros par mois. Je ne fais donc aucun extra et je limite les sorties au maximum. Car j’ai toujours peur de devoir lâcher mes études pour des raisons financières et de retourner chez mes parents à Strasbourg. Le fait de travailler 25 heures par semaine finit par avoir des répercussions sur mes études: j’ai par exemple moins de temps pour aller à la bibliothèque ou pour réviser mes examens. Et comme les profs ne mettent pas leurs cours en ligne, le seul moyen de ceux que j’ai ratés est de demander leurs notes aux copains. Mes résultats s’en ressentent car je suis obligé de privilégier certaines matières au détriment d’autres.»

Irving, 21 ans en dernière année d’Institut de formation en soins infirmiers à Paris et aide soignant tous les week-ends

«J’ai deux vies: celle d’étudiant en semaine et celle de salarié le week-end. Car je ne pourrais pas payer mes études et mon loyer de 500 euros en comptant seulement sur ma bourse de 430 euros et mes 200 euros d’aide au logement. Alors je travaille tous les week-ends comme aide soignant pour rester dans le domaine médical, de jour comme de nuit selon les besoins. Un emploi du temps fatiguant qui m’a déjà valu des pannes de réveil des jours de cours. J’ai aussi l’impression de ne pas suffisamment m’investir dans ma scolarité, car je n’ai pas le temps d’approfondir les cours en faisant des recherches en parallèle. Et je n’assimile pas aussi bien le programme que certains de mes camarades qui ne travaillent pas à côté. Il est également arrivé que certains de mes stages ne soient pas compatibles avec mon activité salariée. Au final, cela se ressent sur mes notes qui sont bien moins flamboyantes qu’au début de mon cursus. Mais au mois de juillet si tout va bien, je serai diplômé et je pourrais enfin me consacrer pleinement à mon métier d’infirmier».

Lara, 21 ans, en L2 médiation culturelle à Paris 3, travaille 12 heures par semaine

«Depuis le début de mon cursus, je suis obligée de travailler. Car l’aide au logement de 116 euros que je touche, ainsi que les 600 euros provenant de mes parents ne me suffisent pas pour boucler mon budget. Chaque mois, je dépense environ 600 euros pour mon logement, mes frais de transport, l’électricité et  téléphone, auxquels s’ajoutent mes frais de nourriture, les spectacles que je dois voir pour mes études et toutes mes autres dépenses personnelles. Je travaille donc 12 heures par semaine à la cafétéria de la fac. Du coup, je suis obligée de sécher quelques cours, ce qui est assez pénalisant. Comme je ne peux pas assister à 2 TD, je n’aurais qu’une note à l’examen final dans deux matières au lieu de trois. Pour rattraper les cours, je reprends les notes prises par mes amis, mais ce n’est pas toujours évident de déchiffrer leur écriture et de comprendre toutes les notions décrites. Le week-end, au lieu de me détendre, je dois plancher pour rattraper mon retard. Mais j’ai toujours l’impression de ne pas en faire assez. Et faute de temps, je ne vais pas aux expos que je devrais pourtant voir dans le cadre de mon cursus. J’ai vraiment l’impression que cette activité salariée porte atteinte à ma scolarité car l’an dernier, j’ai réussi mes examens de justesse, alors que j’aurais pu avoir de bien meilleurs résultats. Au final, j’ai peur que ces notes très moyennes ne me permettent pas d’être sélectionnée pour entrer en master.»