Les salariés français pris dans le tourbillon numérique

EXCLUSIF «20 Minutes» dévoile l'étude annuelle du Credoc sur nos usages des nouvelles technologies publiée ce mardi à l'occasion de l’ouverture du salon LeWeb’13 Paris...

Claire Planchard

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Lille, le 9 décembre 2013. illustration sur l'hyperconnectivité au bureau.
Lille, le 9 décembre 2013. illustration sur l'hyperconnectivité au bureau. — M. LIBERT / 20 MINUTES

Après la fracture, le télescopage? Alors que les inégalités en matière d’équipements numériques et de connexion à Internet régressent à vue d’œil depuis dix ans en France, plaçant le pays dans le peloton de tête européen, la multiplication des équipements (ordinateurs, tablettes ou smartphone) et de leurs usages (professionnels ou privés, à domicile, au travail ou en mobilité) laissent aujourd’hui entrevoir un risque de confusion des genres préjudiciables pour les usagers.

Selon la dernière enquête annuelle sur «la diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française»* réalisée par le Credoc à la demande de Bercy et de l’Arcep, 50% des actifs utilisaient ainsi Internet au travail à des fins personnelles en juin 2013 (contre seulement 37% en 2003) et 39% utilisaient les nouvelles technologies (ordinateur, Internet, etc) pour des raisons professionnelles en dehors de leurs horaires et lieux de travail habituels (soirs, week-ends, vacances, dans les transports ou à domicile). Une proportion qui atteint même 77% chez les cadres.

Autorégulation

«Cette interpénétration des sphères privées et professionnelles se fait parfois dans de bonnes conditions mais elle est aussi à l’origine d’une certaine gêne», observe le Credoc, qui souligne que 40% des actifs estiment qu’elle «empiète trop sur leur vie privée», tandis que 42% affirment que «cela leur permet au contraire de mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle».

Salariés licenciés pour avoir dénigré leur patron sur les réseaux sociaux ou abusé des mails personnels au bureau, candidats à l’embauche éconduits en raison de photos personnelles publiées en ligne: l’actualité regorge aussi d’affaires révélatrices des risques d’une frontière numérique de plus en plus poreuse entre vie privée et professionnelle.

Pour autant, les salariés français ne semblent pas prêts à décrocher. Selon l’étude, 66% ne pensent pas qu’il est nécessaire d’instaurer une charte ou un dispositif limitant l’usage des nouvelles technologies à des fins professionnelles en dehors des horaires et lieux de travail habituels et 62% qu’il est inutile de limiter leur usage à des fins personnelles au bureau. «Comme si chacun préférait  gérer lui-même les limites qu’il doit s’imposer dans un cas comme dans l’autre», conclut le Credoc.

* Enquête réalisée en juin 2013, auprès d’un échantillon représentatif de la population française âgée de 12 ans et plus, selon la méthode des quotas. 2.215 personnes ont été interrogées « en face à face » à leur domicile.