VIDEO. Braqueur tué à Sézanne: Derrière le fait divers, la réalité d’une délinquance de la ville qui gagne la campagne

William Molinié

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Le rideau de la bijouterie d'Eric Bey, qui a tué le 29 octobre 2013 un braqueur, était toujours tiré, une semaine après le drame.
Le rideau de la bijouterie d'Eric Bey, qui a tué le 29 octobre 2013 un braqueur, était toujours tiré, une semaine après le drame. — WILLIAM MOLINIE / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial à Sézanne (Marne),

Qui aurait pu l’imaginer? En plein cœur de Sézanne, 5.264 âmes, à 117 km de Paris sur la route de Nancy (Meurthe-et-Moselle) en passant par la N4. Une ville aux portes cochères et aux passages voûtés où l’on y laisse reposer dans des caves en craie les dernières cuvées de Champagne. Autour du bourg, essentiellement des champs et des bocages.

Pourtant, c’est bien dans cette quiétude ordinaire que la semaine dernière, jeudi 28 novembre, Eric Bey, 54 ans, patron d’une bijouterie, a sorti son arme et tiré à quatre reprises sur l’homme qui était en train de le braquer. Le braqueur y laisse sa peau. Son complice s’enfuit en voiture. Le bijoutier est placé en garde à vue, avant d’être relâché et sans doute placé ce vendredi sous le statut de témoin assisté. La scène, immortalisée par la vidéosurveillance et que Manuel Valls, en visite, ce vendredi dans la ville a visionné à la gendarmerie, dure 80 secondes.

«On ne va pas se barricader!»

Une semaine plus tard, Sézanne affronte la réalité. «Nous sommes victimes d’individus qui organisent des raids en bande organisée, issus de la région parisienne», constate le maire (divers gauche), Philippe Bonnotte. Ses administrés sont unanimes. «Depuis quatre ou cinq ans, l’insécurité augmente. C’est un problème de tous les jours ici», s’inquiète Julie, jeune maman, installée dans la bourgade comme pédicure-podologue.

«On fermait les yeux. On se disait que l’insécurité ne pouvait pas nous toucher. Pas ici. Et pourtant c’est arrivé», constate, démuni, un père de famille au chômage croisé dans le centre médiéval. Ghislain, le coiffeur de l’artère principale, voisin du bijoutier, est le premier à avoir alerté les secours quand il a entendu les coups de feu. «J’ai surtout pensé à Eric. J’ai eu tellement peur pour lui. Ma question maintenant, c’est comment se protéger? On ne va pas se barricader comme si on était Place des Vosges. Pas ici, mince alors!» s’agace-t-il.

Vols de matériaux agricoles

Et pourtant, tous sont persuadés que le braqueur, originaire du Val-de-Marne, avait sans doute choisi le bijoutier de Sézanne pour agir tranquillement, loin des patrouilles de police du périphérique. La semaine d’avant, il était venu repérer les lieux depuis le restaurant Kebab du centre. Le jour même, il a tenté deux braquages à Vitry-le-François, une soixantaine de kilomètres plus à l’Est. 


Manuel Valls en déplacement à Sézanne le 6 décembre 2013. W. M./20 Minutes

«En plus des braquages des commerçants, on doit faire face à une délinquance itinérante venue des pays de l’Est concentrée sur les cambriolages, qui ont toutefois baissé de près d’un quart sur le département. Mais on constate aussi des vols de matériaux agricoles. Dernièrement un tracteur…» souffle un gendarme. La délinquance en milieu rural n’est plus l’apanage des chauffards. Les petits larcins, les violences aux personnes, les atteintes aux biens sont devenus une réalité. «J’ai peur le matin, en ouvrant la porte de mon magasin», reconnaît Christine, commerçante dans le prêt-à-porter.

Fête des illuminations de Noël

Manuel Valls est venu rassurer. Comprendre. Rappeler que le «sentiment d’abandon, incarné par des images qui se focalisent davantage où il y a du bruit comme à Marseille ou en Seine-Saint-Denis», est faux. «Dans ce type de ville, poursuit-il, il faut être très attentif. Sinon les gens partent». «Je veux faire de Sézanne un exemple», martèle-t-il.


Ghislain, le coiffeur voisin d'Eric Bey. W. M./20 Minutes

Après l’émotion, la raison. Une élue, quinquagénaire, rappelle que l’absence de pression sécuritaire est aussi ce qui fait la qualité de vie de la commune. «On peut s’y promener à 18h sans crainte. Il fait bon vivre à Sézanne», tient-elle à rappeler. La preuve? Dès ce vendredi soir, la fête des illuminations de Noël, annulée la semaine dernière, va finalement se tenir. «Une façon pour tout le monde ici de tourner la page d’une semaine peu ordinaire», conclut un habitant. La tourner, certes. Mais désormais, les Sézannais savent qu’un braquage à main armée peut finir en dramatique scène d’horreur. Ici, au beau milieu de la Marne.