Attentat de Karachi: «On attend que Sarkozy, Balladur et Léotard soient jugés et condamnés!»

Vincent Vantighem

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Sandrine Leclerc, fille d'une des victimes de l'attentat de Karachi (Pakistan).
Sandrine Leclerc, fille d'une des victimes de l'attentat de Karachi (Pakistan). — FRANCOIS GUILLOT / AFP

«Les juges sont allés aussi loin qu’ils le pouvaient. On est presque déçus pour eux…» Porte-parole des familles de victimes de l’attentat de Karachi au Pakistan (lire l’encadré), Sandrine Leclerc sait bien que le seul moyen d’obtenir la vérité dans cette affaire est désormais de s’en remettre à la Cour de justice de la République (CJR). Anomalie judiciaire à la française, la CJR est la seule juridiction capable de juger des ministres et anciens ministres pour des faits commis alors qu’ils étaient en poste. Celle qui a perdu son père dans l’attentat a donc demandé, mercredi, le dessaisissement des juges ordinaires afin que la CJR puisse juger Nicolas Sarkozy, Edouard Balladur et François Léotard.

Pourquoi votre avocat, Olivier Morice, a-t-il saisi la Cour de justice de la République en votre nom?

On l’a fait en désespoir de cause. Pendant très longtemps, on a espéré que [Nicolas] Sarkozy, [Edouard] Balladur et [François] Léotard soient traduits devant la justice ordinaire. Mais les juges d’instruction du pôle financier de Paris, Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, ne peuvent pas auditionner d’anciens ministres. Nous avons donc demandé leur dessaisissement au profit des magistrats de la Cour de justice de la République. Concrètement, on attend désormais qu’ils soient jugés et condamnés.

Pour vous, c’est une évidence?

J’espère que c’est une évidence pour tout le monde! Les juges Van Ruymbeke et Le Loire ont remonté la filière de l’attentat de Karachi. Ils sont partis des plus petits poissons pour arriver aux plus gros. Ils ont mis en examen les plus proches conseillers de Sarkozy, Léotard et Balladur. Le dossier est étayé et très complet. La CJR n’a quasiment qu’à le prendre et à poser les questions aux trois anciens ministres concernés.

De quelles preuves disposez-vous dans ce dossier?

On a énormément de données bancaires qui établissent que le camp Balladur s’est servi des contrats de sous-marins Agosta afin de financer sa campagne présidentielle de 1995 avec l’aide de Léotard et de Sarkozy. On sait que cet argent a servi à enrichir des Français et des Pakistanais. Pour nous, c’est l’arrêt du versement de cet argent qui a servi de détonateur et qui a conduit à l’attentat qui a tué nos proches.

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Comment comptez-vous impliquer Nicolas Sarkozy, ministre du Budget à l’époque, dans cette affaire?

Il n’y a qu’une seule question à lui poser: pourquoi a-t-il créé des sociétés offshore au Luxembourg (Heine et Eurolux) contre l’avis de son administration afin de permettre le versement de commissions au Pakistan et surtout le retour d’une partie de ses commissions en France? A l’époque, je rappelle que le versement de commissions était légal. Sarkozy n’avait pas besoin de faire ce montage financier illégal. Pourquoi l’a-t-il fait si ce n’est pour récupérer en retour une partie de l’argent afin de financer la campagne présidentielle de Balladur?

Les faits remontent à près de vingt ans. L’attentat a eu lieu en 2002. Etes-vous confiante aujourd’hui en la justice?

On a eu tellement de déconvenues que je ne préfère pas me fixer d’objectifs en termes de calendrier. C’est toujours une plaie ouverte pour nous mais on n’abandonnera jamais. On veut dénoncer les agissements de ces hommes politiques qui sous prétexte d’une ambition personnelle ont conduit à la mort de nos proches.

L’attentat de Karachi

Le 8 mai 2002, un faux taxi conduit par un kamikaze est venu s’exploser sur le bus qui conduisait des ouvriers de la Direction des constructions navales à Karachi (Pakistan). Quatorze personnes dont onze Français ont trouvé la mort. Ils travaillaient à la construction de sous-marins de type Agosta que la France avait vendu au Pakistan. Les familles des victimes estiment que l’attentat a été perpétré en représailles après l’arrêt du versement de commissions de la France vers le Pakistan. La justice soupçonne le camp Balladur de s’être servi de ces commissions pour récupérer une partie de l’argent et financer sa campagne présidentielle de 1995.