Sexualité: Un show interactif marie humour et prévention dans le 93

Oihana Gabriel
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Quatre humoristes montent un spectacle nommé «Questions pour un puceau» pour parler de prévention avec humour.
Quatre humoristes montent un spectacle nommé «Questions pour un puceau» pour parler de prévention avec humour. — A. GELEBART / 20 MINUTES

«Qu’est-ce qui provoque le plaisir par la stimulation?» interroge Elena. «La X-Box!» répond du tac-au-tac Chinask. «Mais non, la masturbation!» corrige Laura. La scène ne se déroule pas dans une cour de lycée, mais dans la salle principale de la Maison de la jeunesse de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Un lieu pour les jeunes, où repas, spectacles, jeux d’échecs viennent égayer la pause du midi. 

Dans la salle, entre kebabs, canettes et bouquins, une cinquantaine de lycéens assistent au spectacle interactif «Questions pour un puceau». Un moyen d’aborder les questions de sexualité avec une pincée d’humour. Pas de Julien Lepers sur les planches, mais quatre humoristes qui inventent un show pour parler prévention. Malgré de gros problèmes techniques, Elena, dans la peau de l’animatrice du jeu, tente d’attirer l’attention des adolescents. Et interroge ses trois comparses, de drôles de candidats, qui n’ont pas peur de mettre des mots sur des tabous. «C’est quoi les méthodes de contraception?» «Ben quand t’es moche, c’est un bon moyen», tacle Marie, l’une des comédiennes.

«Tout le monde entend qu’il faut se protéger, mais on ne sait ni pourquoi, ni comment»

Cachés dans la pénombre, les jeunes spectateurs n’hésitent pas à participer. Notamment quand le quatuor aborde la question de maladies sexuellement transmissibles. «Les capotes, ça sent la citronnelle», se plaint Solène, une des candidates-comédiennes. «Faut pas les manger», rétorque sa camarade. L’occasion pour Elena de rappeler que même pour une fellation, le préservatif n’est pas une option. Une information bien comprise par Séphora, une jeune fille voilée qui participe beaucoup au show. «Les garçons ne savent pas forcément qu’ils peuvent attraper ou transmettre une maladie avec une fellation, explique la jeune fille de 17 ans. Tout le monde entend qu’il faut se protéger, mais on ne sait ni pourquoi, ni comment.» 

La prévention, ces adolescents en ont déjà entendu parler. Pour Parth, 15 ans, le spectacle était «divertissant, mais je n’ai rien appris. Cela reprend les cours de biologie de 4e.» Mais les humoristes abordent aussi les questions d’estime de soi, de sodomie ou d’homosexualité. «Mon personnage se cherche, raconte Marie, à la fois humoriste et sociologue. Et j’en profite pour lutter contre les clichés sur les lesbiennes camionneuses aux cheveux courts. Oui, Angelina Jolie est bisexuelle! Tiens, du coup, il écoute», rigole-t-elle, dans un clin d’œil au jeune homme qui vient d’enlever ses écouteurs. 

«Moi j’ai regardé des pornos avec lui, lui, lui…»

La pornographie s’invite aussi. «On leur explique par exemple que de s'épiler le sexe, très courant dans les pornos, parce que ça peut créer des lésions cutanées multiplie le risque d'attraper le papillomavirus ou la syphilis. «Hier, quand j’ai dit que les adolescents ne regardaient jamais de films pornos, un spectateur a rétorqué: “On est tous des mythos! Moi j’ai regardé des pornos avec lui, lui lui…” Et ce petit spectacle de vingt minutes ainsi que les réactions de ces lycéens de Saint-Denis nourriront un show d’une heure qu’Elena espère un jour diffuser dans les collèges et lycées. «J’ai été animatrice pendant six mois dans une antenne jeunesse à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), et j’avais cette réalité-là sous les yeux, avoue Elena, à l’origine du projet. Les gamins parlaient parfois de tournantes, sans jamais prononcer ce mot, ils disaient “on s’amuse”. C’est vraiment sympa que Séphora, qui porte le voile, ait répondu à presque toutes les questions, quand on parle de lutter contre les clichés…»