Le général Aussaresses, un tortionnaire assumé

E.O. avec AFP

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Paul Aussaresses au palais de justice de Paris lors de son procès en appel pour «apologie de crimes de guerre et complicité», en février 2003.
Paul Aussaresses au palais de justice de Paris lors de son procès en appel pour «apologie de crimes de guerre et complicité», en février 2003. — JOEL ROBINE / AFP

Le général Paul Aussaresses, qui s'est éteint à l'âge de 95 ans, avait clairement assumé son comportement de tortionnaire durant la guerre d'Algérie, relançant les interrogations sur le comportement de la France pendant cette période dramatique.

Ancien chef des services de renseignements à Alger, il avait admis en 2001 dans son livre-aveu, Service spéciaux, Algérie 1955-1957 (Perrin), avoir pratiqué la torture, «tolérée, sinon recommandée» selon lui par les politiques. Ces confessions, accompagnées d'interviews dans la presse, avaient alors suscité une tempête politique. Le président Jacques Chirac, qui avait été lieutenant en Algérie, s'était dit «horrifié» par ses déclarations publiques. 

Exclu de la légion d’honneur

Pour le général, «la torture devient légitime quand l'urgence s'impose». «Il était rare que les prisonniers interrogés la nuit se trouvent encore vivants au petit matin. Qu'ils aient parlé ou pas, ils étaient généralement neutralisés», précisait celui qui posait pour les photos avec un pansement sur l'oeil gauche.

Définitivement condamné en 2004 pour apologie de la torture, il avait été mis d'office à la retraite, exclu de la Légion d'honneur et privé du droit d'en porter les insignes. «Je ne voudrais pas que les hypocrites qui m'ont enlevé la Légion d'honneur, distinction que, moi, j'ai acquise au combat, puissent continuer à nier l'histoire de France», disait-il, désabusé, dans son dernier livre, Je n'ai pas tout dit, en 2008.

Né le 7 novembre 1918 à Saint-Paul-Cap-de-Joux (Tarn), Paul Aussaresses se porte volontaire en 1941 pour les services secrets en France avant de rejoindre les Jedburghs, ces commandos britanniques de trois hommes parachutés derrière les lignes allemandes pour des actes de sabotage.

A la tête de l’«escadron de la mort»

En 1946, le lieutenant Aussaresses participe à la création du 11e Choc, bras armé du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE, future DGSE). En tant que chef de bataillon (commandant) parachutiste, il sert ensuite en Indochine.

En 1957, le général Jacques Massu, commandant la 11e division parachutiste, lui demande de rétablir l'ordre à Alger. Il se retrouve à la tête de ce qu'il appelle lui-même «un escadron de la mort», chargé de procéder à des arrestations nocturnes, suivies de tortures, avec élimination de certaines personnes arrêtées.

Il enseigne ensuite aux Etats-Unis, auprès des fameux Bérets Verts dans leur camp de Fort Braggs (Caroline du Nord), «les techniques de la bataille d'Alger», concernant notamment la torture, avant de prendre en 1966 le commandement du prestigieux 1er Régiment de chasseurs parachutistes (RCP). En 1973, il est nommé attaché militaire au Brésil, alors sous le pouvoir de l'armée, où, là aussi, il traite pour les militaires des questions de torture.

«Suis-je un criminel ? Un assassin ? Un monstre ? Non»

«C'est efficace la torture, la majorité des gens craquent et parlent. Est-ce que ça m'a posé des problèmes ? Je dois dire que non. Je m'étais habitué à tout cela», assurait-il au début des années 2000, poursuivant : «Je ferais encore ce que j'ai fait, par exemple contre un Ben Laden, si je l'avais entre les mains, comme je l'ai fait avec Larbi Ben M'hidi», le chef du FLN algérois.

Paul Aussaresses a toujours affirmé que ses actes avaient été commis avec l'aval de sa hiérarchie et de l'autorité politique : «Suis-je un criminel ? Un assassin ? Un monstre ? Non, rien qu'un soldat qui a fait son travail de soldat et qui l'a fait pour la France puisque la France le lui demandait».

La parution de Services spéciaux..., qui fut un succès de librairie, a contribué à modifier la perception de la guerre d'Algérie en France. Avec la reconnaissance de la torture exercée par l'armée française, ainsi que du drame des harkis, les derniers tabous officiels tombaient sur ce que les autorités ont appelé les «événements d'Algérie» jusqu'en 1999, date à laquelle les députés ont reconnu l'état de «guerre».