Classement Pisa: Pourquoi la France demeure-t-elle une élève médiocre?

EDUCATION L’enquête internationale Pisa sur les performances des élèves de 15 ans en 2012 publiée ce mardi par l’OCDE montre un creusement des écarts entre les élèves performants et ceux qui sont en grande difficulté…

Delphine Bancaud

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Photo d'illustration d'élèves dans une classe.
Photo d'illustration d'élèves dans une classe. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Résultats en baisse en maths, peut mieux faire. Selon l’enquête internationale Pisa sur les performances des élèves de 15 ans en 2012 publiée ce mardi par l’OCDE, le score obtenu par l’Hexagone en maths (domaine majeur évalué par l’étude cette année), a chuté de 16 points entre l’étude Pisa de 2003 (511 points) et celle de 2012 (495).  Ce qui situe la France dans la moyenne des pays de l’OCDE, mais au 25e rang du classement sur 65 concernant les acquis de ses élèves en maths. Ses résultats en compréhension de l’écrit sont un peu meilleurs puisqu’elle se situe au-dessus de la moyenne européenne, au 21e rang… mais elle n’a pas progressé depuis 2000.

«Le système s’est dégradé vers le bas»

Si la proportion d’élèves très bons en maths est restée stable, celle de leurs camarades en difficulté a augmenté depuis 2003, «ce qui sous-entend que le système s’est dégradé vers le bas», souligne l’étude. Des écarts de niveaux qui s’expliquent notamment par la corrélation entre le milieu socio-économique et les résultats scolaires des élèves en France. «La flexibilité de la carte scolaire a accru les inégalités. Par ailleurs, les enseignants les plus inexpérimentés ne vont pas travailler dans les établissements les plus difficiles, ce qui amplifie ce phénomène», explique Eric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE. La prise en charge des difficultés scolaires semble aussi à la traîne dans l’Hexagone. «Les méthodes pédagogiques ne sont pas assez individualisées. Il faudrait pouvoir davantage travailler en petits groupes et créer différentes formes de soutien scolaire pour s’adapter à l’hétérogénéité des élèves», souligne Eric Charbonnier.

L’absence de réformes ambitieuses pénalise

Si la France a continué à dégringoler dans le classement Pisa, c’est aussi qu’elle n’a pas réussi à se réformer depuis 2003, à l’inverse d’autres pays. Car l’étude montre qu’un tiers des pays ayant fait des progrès depuis la précédente évaluation se sont remis en cause. «C’est le cas de l’Allemagne, du Portugal et de l’Estonie qui ont réformé la formation initiale et continue de leurs enseignants et créé des incitations pour permettre aux enseignants les plus expérimentés de travailler dans les établissements les plus défavorisés», souligne Eric Charbonnier.

Autre talon d’Achille de la France: la compétition scolaire qui fait de vrais ravages. L’étude montre ainsi que les petits Français sont très anxieux par rapport à leurs résultats scolaires. «Le système français repose sur la notation et la sanction, au lieu de favoriser l’évaluation, ce qui décourage certains élèves. Et on les persuade que s’ils échouent en maths, ils ne seront bons à rien», affirme Eric Charbonnier, qui pointe aussi l’effet stigmatisant des redoublements.

Mais tout n’est pas perdu, insiste l’expert de l’OCDE: «La récente création des ESPE (écoles supérieures du professorat et de l'éducation) va dans le bon sens, ainsi que le projet de Vincent Peillon de réformer l’éducation prioritaire. Mais il faut aller plus loin en axant davantage la formation des professeurs sur les spécificités de l’enseignement en ZEP et en imaginant des systèmes incitatifs pour y exercer». L’OCDE salue aussi la très contestée réforme des rythmes scolaires qui a permis d’augmenter les heures de classe sur l’année, tout en allégeant la journée scolaire des élèves du primaire. Ce qui va selon elle, améliorer les conditions d’apprentissage des élèves. Une remise en cause des méthodes pédagogiques pour mieux prendre en charge les difficultés semble aussi nécessaire pour avancer.