Proposition de loi sur la prostitution: «Les policiers refuseront de verbaliser les clients»

William Molinié

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La porte de Gand est, depuis fort longtemps, un lieu de prostitution notoire à Lille.
La porte de Gand est, depuis fort longtemps, un lieu de prostitution notoire à Lille. — M.Libert / 20 Minutes

Au mieux, une loi qui ne sera pas appliquée, au pire, un «retour à la vieille morale» encombrant le travail des enquêteurs. Les policiers sont sceptiques quant à l’application de la proposition de loi sur la prostitution qui va être votée ce mercredi à l’Assemblée nationale. Les députés se sont déjà prononcés favorablement, vendredi, à l’article prévoyant une amende de 1.500 euros pour les clients de relations sexuelles tarifées.

«Vous pensez vraiment que les policiers en tenue vont se planquer dans les fourrés et faire de la police de bidet? Ils refuseront tout bonnement de verbaliser les clients», avance le commandant Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie-officiers. En clair, si la loi venait à passer, le syndicaliste annonce d’ores et déjà une grève du zèle.

Fragilisation des prostituées

Autre aspect de la loi qui fait grincer des dents les policiers, l’abrogation du délit de racolage. Jusqu’à présent, les enquêteurs chargés de lutter contre les réseaux de proxénétisme se servaient de «cette base juridique» pour placer en garde à vue des prostituées et garder ainsi un œil sur les réseaux.

Pour preuve, le nombre de prostituées interpellées n’a fait que décroitre ces dernières années. Environ 5.000 faits de racolage étaient constatés en 2004 par les policiers. Huit ans plus tard, seulement 2.600.

«C’était un point de départ pour travailler. On n’aura plus rien», regrette Patrice Ribeiro qui estime qu’au contraire cette loi favorisera la fragilisation des prostituées.

Réserves sur l’application

A l’Unsa-Police, si l’on ne se prononce pas sur «l’esprit de la loi», on émet tout de même des réserves quant à son application. «Comment caractériser la contravention? Comment distinguer celui qui promène son chien de celui qui achète une relation sexuelle? Que le législateur vienne sur le terrain nous expliquer comment appliquer cette loi», suggère Christophe Crépin, responsable de la communication de l’Unsa-Police.

Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, avait fait part de ses inquiétudes il y a quinze jours en commission spéciale à l’Assemblée nationale. «Les forces de sécurité rencontreront des difficultés pour administrer la preuve d’un achat d’une relation tarifée, dans la mesure où d’une part celle-ci est exceptionnellement publique et constatée en flagrant délit, où d’autres part, la prostituée “couvrira” son client, par intérêt mutuel», indiquait le ministre. Il reconnaissait par ailleurs que cette «difficulté de preuve[…] existait aussi dans le cas du racolage».