«Les profs de prépas ne sont pas des privilégiés»

EDUCATION Philippe Heudron, président de l’association des Professeurs des classes préparatoires économiques et sociales critique la proposition de Vincent Peillon d’augmenter le nombre d’heures de cours pour les profs de prépas…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Des lycéens en cours.
Des lycéens en cours. — DURAND FLORENCE/SIPA

Déshabiller Pierre pour habiller Paul. Dans le cadre des discussions sur le métier enseignant Vincent Peillon a proposé de baisser le nombre d’heures de cours pour les enseignants en ZEP (Zone d’éducation prioritaire). Pour financer cette mesure, le ministre de l’Éducation nationale envisage d’augmenter les obligations de service des professeurs des classes préparatoires, ce qui aurait des conséquences sur leur rémunération. Des syndicats d’enseignants rencontrent ce lundi Vincent Peillon pour protester contre cette éventualité.  Philippe Heudron, président de l’Association des Professeurs des classes préparatoires économiques et sociales explique pourquoi.

Comment réagissez-vous au projet de Vincent Peillon de revoir certains des avantages des enseignants de classes préparatoires pour financer l’allégement d’heures d’enseignement en ZEP?

C’est un projet très maladroit, qui tente d’opposer deux catégories d’enseignants. Nous sommes bien sûr favorables à ce que nos collègues de ZEP soient aidés. Il est tout à fait justifié de baisser leur nombre d’heures de cours afin de leur libérer du temps pour qu’ils puissent par exemple, faire davantage de pédagogie différenciée. Mais ces mesures ne doivent pas être financées en allant prendre dans les poches des professeurs de prépas.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que les profs de prépas bénéficient de conditions de travail avantageuses?

Ils ne sont pas des privilégiés; car enseigner en classe prépa implique un travail harassant et des sacrifices en termes de vie de famille. Nos heures de cours s’accompagnent d’un travail énorme à la maison. Les programmes changeant chaque année, certains passent leurs vacances à rédiger des nouveaux cours. Sans oublier un très important travail de correction de copies… Le fait que nous ayons un temps de service de dix heures par semaine de cours (qui peut descendre à 8 heures dans certains cas) est donc totalement justifié.

Quelles seraient les conséquences pour vous si le projet de Peillon était finalement appliqué?

Si notre temps de service est augmenté de deux heures, nous allons perdre entre 15 et 20% de notre salaire, car nous ferons moins d’heures supplémentaires. Autre conséquence: le fait que des profs de prépas assurent davantage de cours en lycée, va entrainer de facto une baisse de créations de postes dans le secondaire.

Allez-vous maintenir votre préavis de grève du 9 décembre?

Les profs de prépas se sentent humiliés qu’on les fasse passer pour des nantis. D’où les 30.000 signatures collectées sur la pétition en ligne. Les syndicats d’enseignants sont reçus ce lundi par Vincent Peillon. Nous verrons si la situation se débloque un peu. Où s’il faudra le coup de boutoir de la grève du 9 décembre pour lui faire changer d’avis.

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