Sida: La baisse de la TVA sur les préservatifs, «une goutte d’eau dans la mer»

Oihana Gabriel

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Flash test VIH, opération dépistage rapide du sida le 23 septembre 2013 à Paris.
Flash test VIH, opération dépistage rapide du sida le 23 septembre 2013 à Paris. — V. WARTNER / 20 MINUTES

A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, Marisol Touraine explique au Journal du Dimanche que le gouvernement souhaite baisser le prix du préservatif.  Une mesure inefficace pour Bruno Spire, président de Aides.

La ministre de la Santé vient d’annoncer une baisse de la TVA de 7% à 5,5% sur les préservatifs, pensez-vous que cette mesure sera efficace pour lutter contre le sida?

«C’est purement un effet d’annonce. On ne va pas lutter contre le sida avec cette mesure seule. D’autant qu’il y a plein d’endroits où on peut avoir des préservatifs gratuits. C’est une goutte d’eau dans la mer, il reste à s’occuper de la mer. Le vrai combat, c’est de donner envie aux gens d’aller vers les soins et donc de permettre aux acteurs de terrain de faire un travail de proximité.

En même temps une nouvelle campagne d’information est lancée ce lundi…

Parler de prévention généraliste, c’est bien, mais insuffisant. Il faut des moyens pour la prévention ciblée renforcée. Notamment pour les populations les plus à risque: les jeunes homosexuels, les migrants, les usagers de drogue, les prostituées…  Et notamment ne pas faire de loi qui nous empêche de faire notre boulot. La loi sur la pénalisation des clients de la prostitution va compliquer l’accès aux soins des prostituées. 

La ministre assure qu’il n’y a pas de désengagement de l’Etat vis-à-vis des associations…

Chaque année la baisse des aides de l’Etat aux associations se poursuit et ce n’est pas une baisse de la TVA qui va combler le manque.  Par exemple, l’Etat nous donne 25 euros sur un coût total de 80 euros pour les traitements. Ce sont les donateurs privés qui financent ce que devrait financer l’Etat. Les subventions des Agences Régionales de Santé ont baissé. Le financement public de Aides a baissé de 10% en 4 ans. Le travail de Aides, c’est rencontrer, parler profondément avec les gens pour faire changer leurs comportements.

Comment lutter alors contre l’épidémie?

Les psychologues de la santé soulignent qu’il faut trois choses pour lutter contre les sida: l’information. Mais ce n’est pas parce qu’on écrit sur les paquets de cigarettes qu’on risque d’avoir un cancer que ça marche. La deuxième chose, c’est la motivation: pourquoi faire un test ? Et le troisième pilier, c’est donner des capacités de se protéger à long terme: comment négocier avec le partenaire… Et ça c’est du travail de proximité que font les associations notamment grâce aux entretiens approfondis qu’on fait.

Pourquoi y a-t-il une défiance par rapport au préservatif ?

Il faut arrêter l’hypocrisie. Les gens commencent à dire que c’est contraignant, qu’ils ont moins de plaisir. Avant, c’était la méthode Coué: c’est génial. Bien sûr que préservatif est un outil. Mais il faut les diversifier. La prévention combinée, c’est le préservatif, le dépistage et le traitement des personnes séropositives. C’est comme pour la contraception, si on avait fait que des campagnes uniquement ciblées sur le préservatif, ça aurait été difficile. Un séropositif traité ne transmet plus sa maladie. L’essentiel, c’est de trouver les 30.000 personnes qui ignorent leur statut sérologique. Aujourd’hui ce sont les personnes qui sont infectées sans le savoir qui transmettent le sida.

Quels sont les publics les plus vulnérables ?

La moitié des nouveaux infectés sont homosexuels. Et les plus touchés sont les gays migrants, ceux des quartiers, des banlieues. Là où on a une forte stigmatisation, les gens font encore moins attention.