Fillette tuée à Berck: «La mère n’est pas folle. Elle a agi de façon très réfléchie»

Vincent Vantighem

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Photo diffusée par la police judiciaire de la femme recherchée après la mort d'une enfant à Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais), le 20 novembre 2013.
Photo diffusée par la police judiciaire de la femme recherchée après la mort d'une enfant à Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais), le 20 novembre 2013. — AFP PHOTO/POLICE JUDICIAIRE

Faire plus de 250 kilomètres pour mettre fin aux jours de son enfant. Voilà finalement ce que Fabienne Kabou a avoué avoir fait aux enquêteurs, samedi, dix jours après la découverte du corps de sa fille Adélaïde sur une plage de Berck-sur-mer (Pas-de-Calais). Président de l’Institut de victimologie et expert judiciaire près la cour d’appel de Paris, le psychiatre Gérard Lopez revient sur cet événement hors du commun…

Pourquoi d’après vous la mère d’Adélaïde a fait plus de 250 kilomètres pour mettre fin aux jours de sa fille?

Ce n’est pas commun. Je veux tout d’abord rappeler que deux à trois enfants périssent chaque jour sous les coups de leurs parents. Evidemment, on parle beaucoup de ce faits divers car il est hors du commun. D’après les premiers éléments, il semble que cette femme se soit rendue à Berck pour se débarrasser du corps de l’enfant. Cela relève d’une stratégie. Elle n’avait jamais mis les pieds là-bas. Elle pensait donc qu’elle ne serait reconnue par personne et, éventuellement, qu’une petite station balnéaire comme celle-là ne disposait pas de caméras de surveillance. Elle a échoué.

Qu’est-ce-qui vous fait dire qu’elle voulait échapper à toute surveillance?

Le fait qu’elle a menti au père de la fillette. Elle voulait cacher le meurtre à tout prix. Sinon, elle l’aurait mis dans la confidence à un moment donné. Tout ça me semble tout de même réfléchi.

Selon ses premières déclarations, la fillette aurait été un obstacle à sa vie de couple…

Oui. A priori, elle voulait sauver son couple en tuant son enfant. Cela n’aurait sans doute rien changé du tout. Elle n’est donc pas folle. Elle a agi de façon réfléchie. L’enquête déterminera désormais si cette femme était victime de violences conjugales ou psychologiques de la part de son compagnon. Certains développent des comportements narcissiques et immatures au moment de la naissance d’un enfant. En se débarrassant de l’enfant, peut-elle voulait-elle satisfaire son compagnon qui demandait plus d’attentions.

Dans les cas d’infanticides, les parents veulent souvent conserver une trace de l’enfant. Cela ne semble pas le cas ici…

Souvent, les parents ont malgré tout un attachement à l’enfant. C’est pour cela qu’ils enterrent les corps dans les jardins ou les conservent dans un congélateur. Mais cela dépend à chaque fois du contexte. Regardez la petite Fiona. Les parents l’ont enterré dans un endroit et ils ne savent même plus où… Avec l’histoire de Berck, on est dans le même cas de figure.

Vous pensez que la mère n’est pas folle. Comment expliquez son geste alors?

Pour l’instant, on ne le peut pas. L’enquête devra déterminer dans quel état psychologique elle se trouve. Elle était peut-être dans une grave dépression. Cela ne veut pas dire qu’elle était folle. Elle sera sans doute responsable pénalement de ses actes.