Racisme: «Et votre fils, il est roux, pourtant il ne pue pas?»

TÉMOIGNAGES usqu'à quel point les internautes de «20 Minutes» sont-ils capables de garder leur sang-froid lorsque leurs proches tiennent des propos racistes?...

Christine Laemmel
— 
KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Le départ de la Marche des beurs a fêté ses 30 ans le 15 octobre. Quelques jours avant, une enfant de 12 ans invectivait la ministre de la Justice, la comparant à un singe. Qu’il grimpe en flèche ou pas en ce moment, le racisme en France va et vient, au gré des faits divers et surenchères médiatiques, il fait son lit dans les repas de famille, les cours d’écoles et les dîners entre amis.

Nos internautes ne sont pas en reste. Mis face aux propos «borderline» ou complètement racistes de certains de leurs proches. Comment réagir dans ces cas-là? Ils nous expliquent leurs coups de sang, leurs parades et leur philosophie face au racisme.

«Je pars au quart de tour et mon beau-père tempère»

Les échanges entre Anaïs et sa belle-mère sont plutôt surréalistes. «Lorsque je lui ai dit que mes témoins de mariage seraient un arabe et un black homo, raconte-t-elle, elle m’a dit qu’un gay n’a rien à faire dans une église et que les noirs ça pue.» Dans ces cas-là, Anaïs tente le raisonnement par l’absurde. «Et votre fils, il est roux, pourtant il ne pue pas?» aurait rétorqué la future mariée. «Oui, mais c’est mon fils.»

«J’essaie de la mettre face à l’aberration de ses propos, nous dit la jeune fille, c’est un jeu qui fait rire toute la famille. Je pars au quart de tour et mon beau-père tempère.» Puis tout le monde reprend le repas. Car comme chez Nico, malgré des «débats passionnés, à la fin, chacun garde son avis.»

Marie a bien essayé de raisonner ses collègues de travail. Vivant à la frontière espagnole, elle déplore des préjugés racistes sur les «gitans». «Lorsque je leur fais remarquer que leurs propos sont sans fondement, mes collègues se rebiffent tous ensemble».

Leur argumentaire tient lieu de «vérité absolue» et son «ignorance» d’«angélisme».

«Dans une voiture, il y a un noir, un arabe et un gitan, qui conduit?»

Si la plupart du temps, les débats se «tassent» entre Anaïs et sa belle-mère, la jeune fille a coupé les ponts avec deux personnes de sa famille, il y a dix ans. Avril 2002, Jean-Marie Le Pen est au second tour de l’élection présidentielle. Dans un climat électrique, son parrain et sa marraine, eux, se réjouissent de se «débarrasser des arabes et des noirs», disaient-ils en gros à l’époque. Sauf qu’Anaïs a 18 ans à ce moment et un petit ami noir, qu’elle aime sincèrement. Incapable de laisser dire ça, ce sera sa mère qui réagira ce jour-là, invitant fermement le couple à quitter leur maison.

@20Minutes que se sont des ex-proches. je ne veux pas de racistes dans mon entourage.
— sylvain poujois (@SPclp) 28 Novembre 2013

Ces réactions radicales sont finalement rares chez les internautes interrogés. Pour Dino, «tout est question de dosage». «Si l'on me raconte des blagues comme "dans une voiture, il y a un noir, un arabe et un gitan, qui conduit? Le policier!", je ris de bon cœur, avoue cet internaute, mais si une personne, devant moi, parle de "nègres" ou de "bicots", je la fuis.»

A force d’engueulades, beaucoup racontent avoir tempéré leurs réactions, parfois à regret. Marie explique finir par «abandonner, perdue, lassée». Anaïs se «fout ouvertement de leur gueule», Ysabel se limite à un «tu sais ce que j'en pense alors en ma présence merci de garder tes opinions pour toi». Aline, elle, a pris le parti de se taire, pour le moment. «Je m’insurgerai quand mes enfants seront en âge de comprendre».