On a passé la soirée avec la police des taxis

William Molinié
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Un équipage des Boers contrôle un taxi à Paris.
Un équipage des Boers contrôle un taxi à Paris. — Alexandre Gelebart / 20 Minutes

Le brigadier a l’œil. A peine son service commencé, il scrute aux feux tricolores les clients qui s’approchent des taxis. A hauteur du pont d’Austerlitz, justement, une jeune femme semble héler un chauffeur et lui indiquer sa destination. Puis s’éloigne en voir un autre. «Ça a tout l’air d’un refus de prise en charge», lance Julien à son équipier, Sam, de permanence tous les deux ce mercredi soir à l’unité de nuit de Boers.

En quelques enjambées, ils ont rapidement rejoint l’un le chauffeur de taxi et l’autre la cliente. Quelques questions leur suffisent pour se rendre compte que le taxi est dans son bon droit. «La cliente voulait aller en Seine-et-Marne. Il a le droit de refuser car c’est en grande couronne», indique le brigadier Julien, 30 ans. Son collègue gardien de la paix, Sam, 40 ans, précise: «Un refus de prise en charge, c’est une infraction de 5e classe, soit 1.500 euros d’amende. Quand on a un doute, c’est toujours au bénéfice du taxi».

Médiation

Les 70 policiers de cette brigade de taxis parisiens, qui fête ce week-end ses 75 ans*, sont chargés de la surveillance, du contrôle et de la répression du transport payant de personnes. L’activité est strictement encadrée par la loi. Refus de prise en charge, mauvaise tarification, horodateur non programmé, prise en charge avec un compteur déjà très «gonflé», mais aussi interventions lors de différends entre clients et chauffeurs ou encore application du «plan Pégase» de la SNCF lorsqu’il y a des retards importants de trains… Les missions de ces policiers de la médiation, au fait de la réglementation en vigueur, sont diverses.

Ce mercredi soir, peu après minuit, l’équipage contrôle en haut des Champs-Elysées un taxi dont l’horodateur ne fonctionne plus. Le chauffeur indique qu’il travaille depuis midi, soit plus de douze heures d’affilée. «C’est dangereux pour le client. Vous ne pouvez plus exercer pour aujourd’hui. Et il va falloir réparer l’horodateur», sermonne Julien. Ce dernier lui confisque sa plaque de stationnement et fait son rapport qui sera transmis à la commission de déontologie. Le taxi risque pour cette fois-ci une amende de 38 euros.

Assainissement de la profession

Avec l’émergence des motos-taxis, des compagnies de transport de personnes par réservation, les chauffeurs de taxi, dont la licence s’achète à prix d’or aujourd’hui (autour de 250.000 euros) en raison d’un numerus clausus contrôlé par l’Etat, subissent une rude concurrence. Sans compter les faux-taxis, appelés «clandestins», qui se sont développés dans la capitale et aux aéroports parisiens, proposant aux touristes de les transporter à des prix défiant toute concurrence. Les Boers en ont d’ailleurs déjà arrêté un qui se déplaçait en… Autolib!

«Ils nous tuent le marché. Tout comme les motos-taxis qui n’ont en théorie pas le droit de racoler le client mais qui le font en toute impunité. D’ailleurs, on aimerait bien voir d’avantage les Boers à la gare du Nord ou à Orly», s’agace un chauffeur de taxi. Ce dernier reconnaît toutefois l’utilité de ce service de police. «Il faut bien l’avouer, on est content de les voir. Même si on prend des amendes, ils protègent et assainissent notre profession dans un certain sens.»

*Exposition de véhicules anciens, photographies et objets à la préfecture de police, place Louis Lémine, 1, rue Lutèce (4e). De vendredi à 12h30 jusqu’à dimanche, 13h. Entrée libre.

Pourquoi «Boers»?

Saviez-vous d’où vient le nom de «Boers»? L’origine remonte aux années 1917, lorsque les premiers «Russes blancs» chassés par la révolution émigrèrent en France. Ils y exercèrent la profession de cocher. Ces ancêtres des chauffeurs de taxi déformèrent le mot «bourres», version argotique de l’époque pour désigner un policier, en «boers». L’expression est restée.