Toxicomanie: Des seringues et des pipes à crack sécurisées contre les épidémies

SANTE Pour éviter les contaminations du VIH ou de l'hépatite C, des associations distribuent du matériel sécurisé aux usagers de drogues...

Audrey Chauvet

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Un éducateur de l'association Charonne distribue des kits sécurisés aux fumeurs de crack, dans le 19e arrondissement de Paris, le 26 novembre 2013.
Un éducateur de l'association Charonne distribue des kits sécurisés aux fumeurs de crack, dans le 19e arrondissement de Paris, le 26 novembre 2013. — A.Chauvet / 20 Minutes

Ils viennent chercher un café chaud, des biscuits, de l’eau mais surtout des filtres, des pipes à crack ou des seringues. Pour les consommateurs de drogues, le passage quotidien du camion de l’association Charonne, le centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) du 18e arrondissement de Paris, est l’occasion de se réapprovisionner en matériel sécurisé et de dialoguer: «La réduction des risques est un passage obligatoire avant les soins», explique Ysabel Roux, chef de service de la Boutique 18 de l’association Charonne.

«Chacun sa pipe, chacun sa seringue, chacun sa lame»

Lors des maraudes dans le nord-est parisien, les éducateurs de l’association distribuent aux accrocs au crack ou à la cocaïne des «kits Base» ou des seringues sécurisées à usage unique évitant les contaminations du VIH ou de l’hépatite C, qui fait des ravages parmi les fumeurs de crack: leurs pipes en verre bricolées avec du plomb sont en effet à l’origine d’une large propagation du VIH et de l’hépatite C, qui touche aujourd’hui plus de 70% des adeptes du crack. Sur la place Stalingrad (19e arrondissement), ils défilent devant Max, éducateur, qui leur remet les kits avec lesquels ils pourront fumer sans risque. «Ils savent très bien que le partage des outils est dangereux, explique-t-il. Chacun sa pipe, chacun sa seringue, chacun sa lame, c’est important.»

Les «kits Base» et les seringues sécurisées sont le fruit d’une collaboration entre l’association Charonne et les laboratoires Terpan, dont le directeur des ventes, Yvon Pawlak, suit régulièrement les maraudes parisiennes: «La prise de drogues est très ritualisée, il faut des outils qui correspondent exactement à leurs habitudes, explique-t-il. Quand nous avons commencé à distribuer les seringues sécurisées, ils ont pensé que c’était un gadget mais au fur et à mesure ils se les sont appropriées.» Ce soir-là, une trentaine de personnes sont venues chercher leur matériel. Demain, comme quelque 2.500 autres consommateurs de drogues, ils se rendront peut-être dans les locaux de l’association, situés porte de la Chapelle, pour se réapprovisionner ou consulter un médecin, une socio-esthéticienne ou une assistante sociale. «Nous sommes un relais entre la rue et l’hôpital ou les centres spécialisés en addiction», explique Ysabel Roux. Un relais également entre l’autodestruction et le respect de son corps.