Sexisme et politique locale: «10% des prises de paroles sont faites par des femmes» raconte une internaute, conseillère municipale

TÉMOIGNAGE achel, élue d'une ville des Hauts-de-Seine, partage son expérience douloureuse de femme politique...

Christine Laemmel

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GILE MICHEL/SIPA

On sait le parcours des femmes jalonné, dans les hautes sphères politiques, de blagues misogynes, préjugés «genrés» voire machisme revendiqué. Qu’en est-il en plus petit comité? Nous avons demandé aux internautes de 20 Minutes. Rachel, conseillère municipale dans les Hauts-de-Seine, témoigne de son acharnement pour asseoir la place des femmes, qui ne paye pas toujours.

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Méthodique, Rachel sort sa calculette tous les soirs de conseil municipal. A l’aide du compte rendu de la séance de la veille, elle comptabilise les temps de parole des femmes, et ceux des hommes, ligne après ligne. Au conseil suivant, elle soulève le déséquilibre devant ses pairs.

«Tous les présidents de groupe sont des hommes»

«10 à 12% des prises de paroles sont faites par des femmes», constate l’élue. Une moyenne qui ne va pas vraiment en s’arrangeant, malgré la totale parité des élus, imposée par la loi. Depuis sa prise de fonction en 2008, elle estime que les temps de parole varient entre 2% et 25%, sans vraie augmentation stable. «C’est ça qui est désespérant, déplore Rachel, le fait de le souligner ne change rien.»

Pourquoi rien ne bouge, Rachel ne l’explique pas vraiment. «Les femmes osent moins le débat, tente-t-elle, il faut dire que tous les présidents de groupe sont des hommes. Elles sont plus concises, et quand elles parlent trop, l’homme qui prend la parole derrière parle encore plus.»

«Vous n’étiez qu’une potiche»

Bien sûr les esprits des mâles politiques sont rodés au machisme. Rachel égraine presque avec nonchalance les réflexions surprises en conseil. «Occupez-vous de vos enfants», «Vous n’étiez qu’une potiche», le récurrent «Vous n’êtes pas sérieuse», le classique «féministe hystérique», et surtout «Quand on est une femme et qu’on fait de la politique, on ne peut pas parler pour ne rien dire.» Mémorable cette dernière, car sortie de la bouche d’une femme, la première adjointe du maire. «En tant que femme, on n’a aucune crédibilité», résume Rachel, et parfois «les femmes sont les plus virulentes».

Heureusement, certaines ont quand même profité du «comptage» de Rachel pour se confier à elle. Lui soufflant qu’elles ne parlent pas car elles n’ont «rien à dire», retranscrit Rachel. «Mais à chaque fois, elles s’exprimaient plus la fois suivante».