Pénalisation du client: La prostitution masculine absente du débat

William Molinié

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Prostitution masculine à la Porte Dauphine à Paris.
Prostitution masculine à la Porte Dauphine à Paris. — HADJ/SIPA

Peu d’études sur la prostitution masculine. Tout du moins, peu de chiffres. Tout juste, sait-on qu’environ 15% des prostituées seraient des hommes, selon un rapport parlementaire de 2011. Leurs clients? Quelques femmes, souvent plus âgées. Mais surtout et en grande majorité des hommes.

A Paris, au Bois de Boulogne, les transsexuels, beaucoup d’origine sud-américaine, ont pignon sur rue et proposent des relations sexuelles tarifées à des clients dont quelques-uns ignorent que sous ces corps exagérément généreux, se cachent des «messieurs». A l’inverse, la porte Dauphine est connue pour être un lieu de la prostitution masculine homosexuelle.

«Escort Boys»

Mais c’est surtout sur Internet que la prostitution masculine s’est développée. Surtout en direction de la communauté homosexuelle. Sur la toile, on peut trouver de nombreuses annonces de rencontres, parfois très explicites et à la limite de la légalité. Comme celle de cet étudiant postée récemment sur le site PlanetRomeo qui propose pour 1.000€ la nuit (200€ l’heure) «un moment bien chaud» et indique être «ouvert à tous les fantasmes».

>> A lire: L’interview de Hervé Latapie, auteur de «Doubles vie: Enquête sur la prostitution masculine homosexuelle»…

Sous la bannière légale de «forum de rencontres», se cachent des plateformes qui rassemblent les annonces de prostitués, spécialistes des tétons ou de fessées, n’hésitant pas à communiquer la taille de leur sexe et leurs caractéristiques corporelles. Hébergés généralement à l’étranger, dans des pays plus permissifs comme les Pays-Bas, ces sites ne sont pas inquiétés par la police française.

Les travailleurs du sexe sur Internet se définissent comme «Escort Boys». Un dénominatif à connotation plus huppée et discrète que le terme usuel de «prostitué».

Clandestinité et précarisation

La prostitution masculine est-elle si différente que celle des femmes? «On trouve aussi bien des Escort Boys que des Escort Girls. Je ne sais pas s’il faut vraiment les différencier. De la même façon, il n’y a pas d’un côté la prostitution hétérosexuelle et d’un autre, la prostitution gay», fait valoir Cécile Lhuillier, co-présidente d’Act-Up-Paris, contactée par 20 Minutes.

«On parle moins de la prostitution masculine car le sujet est porté par Najat Vallaud-Belkacem. Le dossier est au ministère du Droit des Femmes. Le combat, guidé par un féminisme dépassé, est à mon sens idéologique», poursuit-elle, défavorable à la pénalisation des clients qui pousserait, selon elle, les prostituées à la clandestinité et les précariserait davantage encore. «Les clients vont se raréfier. Et que ce soient pour les hommes ou pour les femmes, tous auront moins la capacité de négocier le port du préservatif, par exemple.»

«On a tendance à être ignorés»

Thierry Schaffauser, prostitué et membre du Syndicat du travail sexuel (Strass), a essentiellement des clients homosexuels déclarés ou refoulés. «On a tendance à être ignorés dans le débat», convient-il auprès de 20 Minutes. Si selon lui, la question de la prostitution ne doit pas être pensée en fonction du genre, des différences «minimes» existent pourtant entre celle des femmes et celle des hommes.

«Il y avait peut-être moins de répression policière», indique-t-il. Avant de nuancer: «Mais les choses ont changé. Au début des années 2000, les policiers nous laissaient tranquilles. Moins maintenant».

Autre différence, note-t-il, le taux de VIH, «sans doute plus fort chez nous». «Il peut aussi y avoir aussi des problèmes d’homophobie. Mais il y a autant de types de prostitutions que de prostituées», conclut-il.

Pas de spécificité

Dans l'entourage de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre du Droit des femmes, l'on tient à rappeler que le texte «ne contient pas de spécificité masculine ni d'allusions à des différences sexuées». «Le rôle du politique est de s'adresser au plus grand nombre et de se baser sur la réalité. D'ailleurs il faut arrêter avec cette idée reçue qu'il n'y aurait pas de traite chez les hommes. C'est complètement faux, il y en a», indique ce conseiller, contacté par 20 Minutes.

Les services de l'Etat s'inquiètent d'ailleurs d'une augmentation du nombre de prostitués mineurs, dont la part dans la prostitution des moins de 18 ans est au moins aussi importante que celle des jeunes filles.